Et si la musique est un grand voyage dans le temps à travers
les époques, embarquons aujourd’hui dans l’express direction 1977 à la
découverte du premier album des Virginmarys. Power trio anglais, dans la grande
tradition du punk pub/rock british, ces nouveaux venus nous offrent un opus
rageur comme aux plus beaux jours de 1977. L’effet est saisissant, dès le
morceau d’ouverture « Dead man’s shoes », l’auditeur est emporté dans
un tourbillon qui ne prendra fin que 12 titres plus tard. Misant tout sur
l’efficacité, les compositions des Virginmarys n’excèdent que très rarement les
trois minutes. Le tout est joué, comme de bien entendu, le pied au
plancher : les batteries martèlent, les guitares arrachent, la voix
exaltée d’Ally Dickalty semble toujours au bord de la rupture. Même les
passages les plus mélodiques, « Out of mind » ; « Lost
weekend », sont joués avec une intensité de tous les instants. Et
lorsqu’ils ralentissent le rythme c’est pour envoyer avec la lourdeur d’un
groupe metal épris de pop (« Bang bang bang »). Impressionnant. Les
amateurs de rock n’roll sous adrénaline seront aux anges. Classe et sexy.
lundi 17 juin 2013
dimanche 16 juin 2013
The Black Widow’s Project : « Heavy Heart »
Quatorze titres pour tomber sous le charme létal de la veuve
noire. Ourdi dans quelque endroit mystérieux de Suisse, The Black Widow’s
Project, met secrètement au point un poison sonore d’une effrayante efficacité.
Tel un alchimiste maléfique, nourri au gros rock des années 1970, The Black
Widow’s Project a réussi a recréer le son de l’époque, les guitares sont
abrasives à souhait, les riffs efficaces et graisseux, le tout fleure le bon
vieux rock n’roll d’antan, c’est, en soi, déjà un régal. Mais The Black Widow’s
Project ne se contente pas, comme tant d’autres, de faire revivre une flamme
vacillante. Attentifs au rock d’aujourd’hui The Black Widow’s Project a su
mélanger ses influences vintage (le sabbathien « Love’s a weapon ») a
une dynamique moderne, on pense beaucoup à la scène stoner (« Ah ah ah
uh »). Allié à un sens mélodique qui n’a pas peur de sortir au grand jour,
comme sur « Innerwar » par exemple, et à une production sur le fil du
rasoir, voici un disque remarquable, soutenant sans honte la comparaison avec
le sacro-saint modèle anglo-saxon. Vous ne dormirez plus jamais tranquille,
désormais, la veuve noire pend comme une épée de Damoclès au dessus de vos
oreilles…
samedi 15 juin 2013
Bill Ryder-Jones : « A bad wind blows in my heart »
Ouh, mais il a l’air tout triste notre Bill Ryder-Jones. Son
nouvel album semble en tout cas l’avoir plongé dans un puit mélancolique sans
fond, ainsi qu’il le chante : « Un vent mauvais souffle sur mon cœur ».
Ce nouveau disque en solo, l’ex-membre de The Coral l’a composé dans sa chambre
d’adolescent un peu comme on entre en introspection. Se retourner vers le
passé, pour mieux imaginer l’avenir. Il en est ressorti avec une collection de
chansons, toutes plus nostalgiques les unes que les autres, en souvenir de
certaines figures de son passé : « Anthony & Owen »,
« Christina, that’s the saddest thing ». Un effort hautement
personnel donc, plutôt acoustique à base de piano et de guitare folk, dépouillé
et sans esbroufe, qui n’est pas sans rappeler l’immense Nick Drake, la figure
tutélaire du folk britannique (« By the morning I », « The lemon
trees #3 »). Des orchestrations simples, des tempi lents, le tout colle
parfaitement à son timbre de voix traînant, profond et légèrement éraillé. La mélancolie
lui va comme un gant. C'est touchant.
mercredi 12 juin 2013
Andrew Strong
Le temps a passé, on avait fini par l’oublier un peu. Grande
révélation (vocale) de l’excellent film « The Commitments », réalisé
par Alan Parker, Andrew Strong avait cassé la baraque dans le rôle de Deco.
Après quelques albums studio n’ayant pas rencontré le succès escompté, Andrew
Strong a chanté un peu partout dans le monde, sauf en France ou a pourtant été
enregistré ce nouvel album live en forme de come-back après être retombé dans
l’anonymat. Pour son retour, Andrew pioche dans le très classique répertoire
soul et rock des années 1960 et 1970 (« Fire », « Born to be
wild » etc…). Le timbre de gorge, n’a pas souffert avec les années,
profond et grave, magnifique. Les versions présentées ici sont très fidèles aux
originales, en dépit d’une collaboration plutôt sympa et réussie avec
l’harmoniciste Nico Wayne Toussaint sur « I heard it through the
grapevine » (Marvin Gaye). Pas de surprises ni bonnes ni mauvaises.
Seulement déjà entendu mille fois malgré tout le talent des participants. Si le
talent vocal pur d’Andrew Strong est intact, la façon dont ce dernier gère sa
carrière laisse un peu dubitatif. Il est quelque part pathétique d’entendre ce
bon vieil Andrew, 22 ans après, s’époumoner sur les sempiternelles
« Mustang Sally », « Hard to handle », « Soul
man » et autres « Midnight hour». Le tout laisse une impression
mitigée, plutôt que de réinterpréter les classiques, Andrew Strong aurait du
devenir un classique lui-même. Son immense talent naturel aurait du lui
permettre de viser beaucoup plus haut. On rêve de ce qu’il aurait pu produire
encadré par un Jack White, un Dan Auerbach ou un de ces labels new-yorkais
branchés sur la soul vintage. Pour l’instant il faudra se contenter de ce
disque, pas mauvais du tout au demeurant. Vous l’aurez compris, pour le
répertoire original on repassera, mais pour quiconque souhaite passer une
soirée soul/rock n’roll à l’ancienne en compagnie d’un chanteur extraordinaire,
c’est parfait.
lundi 10 juin 2013
Yann Destal : « Let me be mine »
Si la musique est un voyage, alors ouvrez grand les oreilles
car c’est à une épopée peu commune, au cœur du son, transcendant les époques et
les influences que nous convie Yann Destal. L’album s’ouvre avec les accords
folk de « Let me be mine » et déjà la voix de Yann ne demande qu’à
s’envoler, s’élevant avec grâce, visitant des hauteurs dignes de Jeff Buckley.
Et ce ne sont là que les prémices de la déflagration à venir. Car peu à peu, au
fil des titres, Yann Destal, comme en apesanteur, se libère une à une de ses
contraintes, atteignant des hauteurs folles. Les influences premières de
l’artiste semble se situer dans les années 1970 : « You know
me », superbe, la psyché/prog « Walk with me » (Pink Floyd est
tout proche) et la très zeppelinienne « Feel it » mettent les
guitares en avant, et jouent ouvertement la carte d’un gros son rock ;
pourtant la voix toujours sur le fil de Yann apporte un surplus de sensibilité
et de fragilité à l’ensemble. Et ce n’est pourtant que la partie visible de
l’iceberg qu’est en vérité la musique de Yann Destal. « Rise and
fall » est pleine de délicatesse folk et « You look like heaven »,
plus 80s, rappelle qu’avant d’être un chanteur rock/folk Destal a eu une
première vie musicale, plus électro, au sein de son ancien groupe Modjo.
Soigné, jusque dans les moindres détails, produit avec beaucoup de soin,
l’album est d’une richesse telle (les arrangements particulièrement) qu’une
seule écoute ne suffit pas pour en saisir toutes les nuances. C’est au
contraire une œuvre qui demande du temps, dévoilant avec parcimonie tous les
trésors cachés en son sein, une écoute après l’autre. C’est surtout un disque n'ayant pas peur de regarder les anglo-saxons droit dans les yeux et qui rayonne d’une ambition rare dans notre hexagone. Recommandé.
dimanche 9 juin 2013
Neil Young and Crazy Horse + Los Lobos, Bercy, 6 juin 2013.
C’est une belle soirée qui s’annonce. Un petit mot pour
commencer sur les très rares, du moins sur nos terres, Los Lobos, « Blues
band from east L.A. » comme ils se définissent qui assurent ce soir la
première partie. Dans l’imaginaire collectif, Los Lobos a connu son point
culminant dans les années 1980 avec leur reprise de « la bamba » pour
le film du même nom. Une sorte de one hit wonder dont on n’a plus beaucoup
entendu parler depuis. Et c’est bien dommage.
Déjà à l’époque de « la bamba » Los Lobos était un groupe
expérimenté avec plus de dix ans de rock latino derrière lui. Depuis le groupe
a continué son petit bonhomme de chemin loin des médias sortant des albums
blues rock d’excellente facture. Pour prendre un exemple récent citons leur
« Tin Can Trust » de 2010, un petit chef d’œuvre. Leurs concerts
rarissimes en France, leur vaut d’être ignorés du grand public, leur
prestation, excellente, troupe peu d’échos auprès du public, ainsi que l’affirme
leur guitariste David Hidalgo : « WTF, say something » !
Evidemment pour une fois que le groupe vient jusqu’à nous on aurait préféré une
salle à taille humaine plutôt que d’admirer le groupe de loin abandonné tel le
radeau de la méduse. On a pu en tout cas apprécier les talents de leur
excellent guitariste David Hidalgo (un type qui a également joué avec Bob Dylan
soit dit en passant). Le son de Los Lobos pourrait être divisé en trois
catégories, d’une part le rock n’roll, d’autre part le blues et enfin les
influences latines pour finir (percussions, chant en espagnol). La présence
d’un saxophone apporte une note swing jazz pas désagréable du tout, l’accordéon
un je ne sais quoi d’exotique. Ce fût quoi qu’il en soit une excellente
performance trans-genre : blues, rockabilly, jazz et latin. Croisons les
doigts pour revoir cette excellente formation dans des conditions un peu plus
décentes très prochainement…
Alors que l’immense palais omnisport se rempli de vieux
hippies sur le retour (le public, c’est une des raisons pour lesquelles j’adore
aller voir les survivants des sixties en concert !) un étrange cérémonial
prend place sur la scène. Une bande de roadies vêtus de blouses blanches
prennent possession des lieux, certains balayent la scène, laquelle est
surplombée par deux écrans géants en forme de télés portatives vintage. Le
décor scénique est le même depuis la fin des années 1970, constitués d’amplis
géants au milieu desquels les musiciens ont l’air de lilliputiens. Les choses
prennent une tournure encore plus étrange quand la sono diffuse la marseillaise
( ???) alors que le groupe (y compris Neil Young) se tient au garde à vous
en rang d’oignons. Pendant ce temps là un micro géant descend du plafond du
POPB. Ledit micro arrivé à destination, le concert commence avec « Love
and only love ». Dans la, très longue, carrière de Neil Young, les
enregistrements avec Crazy Horse (groupe qu’il retrouve après quelques années
de séparation) occupent une place à part. Au contact du trio, Neil Young s’embarque
dans une voie à part qui fait de lui le seul vieil hippie adulé par la
génération grunge qui l’a prise pour parrain. Le trio, Frank Sampedro (vêtu
d’un superbe tee shirt Jimi Hendrix), Ralph Molina et Billy Talbot donne une
nouvelle dimension à la musique du vieux barde Canadien. Incontestablement plus
électrique mais aussi plus expérimentale. Les morceaux traînent en longueur,
chaque titre dépassant allégrement les dix minutes, au total une grosse dizaine
de titres ont été joués en deux heures, c’est du psychédélisme électrique. Le
son brut et aride des guitares n’est pas sans évoquer ces grands paysages
étasuniens qui fascinent tant Neil Young. C’est la bande sonore d’un désert de
l’ouest américain. Absolument fascinant. A noter un petit intermède acoustique
(« Heart of gold ») et « People rocking in the free world »
déchaîné en rappel. La soirée a tenu toutes ses promesses.
samedi 8 juin 2013
Sixto Rodriguez, Le Zénith, 4 juin 2013.
L’histoire était peut-être trop belle. Complètement ignoré,
tombé dans l’oubli depuis des décennies, Jesus Sixto Rodriguez, qui était jusqu’alors
un obscur chanteur folk de Detroit, a rencontré une gloire aussi tardive et
inattendue que surprenante depuis la sortie au cinéma d’un documentaire illustrant
sa carrière. Depuis les questions affluent, comment l’homme, aujourd’hui
septuagénaire, gère-t-il cette gloire soudaine ? Quid de ses réelles
aptitudes du moment, lui qui n’a pas pratiqué la musique (de manière
professionnelle tout du moins) depuis 1971 ? Oui, l’histoire, un véritable
conte de fées était belle, et résonnait comme une véritable lueur d’espoir, et
croyez-moi, ils sont nombreux dans le milieu de la musique (tout métiers
confondus) a en avoir besoin, d’espoir. Soyons honnêtes, Sixto Rodriguez avait
peu de choses à gagner et beaucoup à perdre, notamment le risque d’écorner sa
légende toute fraîche, en venant se frotter à la scène. Car jusqu’ici c’était
parfait, plus réussi et efficace que n’importe quel plan marketing ourdi par
une bande de stratèges réunis autour d’une table. En effet, la gloire récente
de Sixto Rodriguez ne repose pas sur le vide issu d’une quelconque émission de
téléralité mais sur un véritable talent, unanimement reconnu depuis, de
songwriter et de deux merveilleux albums qui devraient occuper une place
majeure dans l’histoire du rock. Soit en tout et pour tout 25 malheureux
titres, c’est peu pour une place de concert à 35 euros. Pourtant tout avait
commencé pour le mieux, lorsque Sixto est accompagné, soutenu même, par son
groupe (composé de musiciens hyper pros et peut-être un peu froids), c’est
parfait. Un superbe « Climb up on my music » en ouverture,
« Sugar Man », « I wonder » c’est magnifique. On peut alors
admirer son jeu de guitare peu académique, fait de grands mouvements
circulaires de la main droite, Sixto joue sans médiator, frappant les cordes de
ses cinq doigts en les écartant vers l’extérieur. Ce qui donne ce son ample
unique en son genre. C’est lorsqu’il est livré à lui-même, que Sixto déraille
totalement. Balbutiant des reprises peu lisibles, seule « Like a rolling
stone » de Bob Dylan sort du lot, alignant des notes sans grande
cohérence, il éprouve de plus les pires difficultés à placer sa voix avec
justesse et à garder le bon tempo. Le concert se déroule ainsi péniblement,
entre de rares éclaircies de génie. Sixto enlève régulièrement son chapeau, pour
s’essuyer, boit beaucoup, semble très éprouvé et complètement perdu sur scène
ne sachant que faire. Peut-être est-ce la préparation de cette tournée qui a
été bâclée ? En à peine une heure l’affaire est emballée et c’est presque
un soulagement tellement le résultat fait peine à voir. Pour n’importe quel
artiste on aurait hurlé avec les loups, crié au scandale, réclamé un
remboursement à corps et à cris. Pourtant on n’éprouve ni colère ni déception,
on est, bien au-delà de tout ça, simplement triste. On a voulu y croire, qu’il
était possible de rattraper le temps perdu, d’arrêter la cruauté des horloges.
Mais il est tout simplement trop tard… Il règne comme un parfum de fin de règne
lorsque l’on quitte le zénith dans le jour finissant, il est alors 21h30 et la
nuit n’est même pas encore tombée. Les sixties c’était il y a fort longtemps…
mercredi 5 juin 2013
The Stone Roses + The Strypes, La Cigale, 3 juin 2013.
Fer de lance du mouvement Madchester, ce vent de folie entre
rock et techno balbutiante qui a soufflé sur Manchester à la fin des années
1980, The Stone Roses avait rencontré un succès phénoménal avec leur premier album (un chef d’œuvre du rock british soit dit en passant) avant de connaître
les pires difficultés à enregistrer la suite. Le groupe s’est séparé vers 1995,
dans un nuage d’incompréhension, après seulement deux albums, laissant un goût
amer dans la bouche de leurs nombreux fans éplorés. Un gâchis. Après chacun a
suivi sa route, le chanteur Ian Brown faisant carrière solo, le bassiste Gary
Mounfield (aka Mani) officiant chez Primal Scream, le guitariste John Squire est
devenu un artiste peintre et photographe exposé, ayant également sorti deux
albums en solo. Seul le batteur Reni ne donnait guère de nouvelles depuis les
nineties. Et puis, surprise, fin 2011, le quartet annonce une reformation que
plus personne n’attendait et annonce dans la foulée une tournée qui arrive
enfin jusqu’à nous (après un passage à Lyon l’année dernière). Ce soir je vais
voir les Stone Roses, pour la première fois depuis le 11 mai 1995 (c’était dans
une autre vie), date de leur passage à feu (sans jeux de mots) l’Elysée-Montmartre.
Voir le quartet enfin réuni sur scène fait un choc. Les années ont passé, les
rides se sont creusées, les chevelures ont blanchies. Le balourd barbu derrière
la batterie, c’est Reni vraiment ? Il semblerait que oui, il a toujours le
même bob (les yoyos ont par contre disparus). Finalement John Squire est celui
qui accuse le moins le poids des ans, possédant toujours cette fine silhouette
d’ado frêle. Musicalement les mancuniens assurent toujours avec autant de
classe. La section rythmique Mani (superbe collection de basses customisées
demi-caisses) et Reni, incroyable de souplesse rythmique, distille toujours ce
groove inimitable. Le tout mélangé aux influences plutôt rock classique sixties
de John Squire. On pourrait toutefois reprocher à ce dernier d’être parfois un
peu brouillon, surtout au début du concert et notamment sur un « fool’s
gold » exagérément longuet. C’est peut-être dû à la nature intrinsèque de
la musique des Roses autant empreinte de rock psychédélique que de groove dance
(la coda d'« I am the Resurrection »). Ian Brown est mixé bien en avant pour
essayer de masquer ses limites vocales (manque d’amplitude et de justesse particulièrement flagrant sur "I am the Resurrection").
C’est à peu près les seules critiques que l’on peut émettre car, une fois que
la mire est bien réglée, la machine est lancée à pleine vapeur. Et c’est une
déferlante de tubes qui s’abat sur la cigale et l’on renoue avec ces chansons
un peu comme on retrouve un vieil ami : « Ten Storey love
song », « Breaking into heaven », «She bangs the drums »,
« This is the one », « Waterfall / Don’t stop», « Made of
stone »… C’est énorme, énorme, énorme !!! La nostalgie est à son
comble. La folie s’empare de la salle, les verres de bières volent au dessus du
public qui saute avec entrain, les bras en l’air, reprenant chaque refrain en cœur.
Un quart d’heure après la dernière chanson, le public n’avait toujours pas vidé
les lieux, hurlant à pleins poumons, réclamant un refrain qui ne venait pas…
Incroyable. En première partie on a pu admirer les ados de The Strypes (des
types plus jeunes que Jake Bugg, c’est dire) qui ont assuré dans un registre
mod/mersey beat, avec l’entrain de leur jeunesse et la bouteille de vieux
routiers du rock. Très prometteur.
dimanche 2 juin 2013
Django Unchained
Réalisateur mélomane, Quentin Tarantino a toujours été
particulièrement attentif à l’aspect musical de son cinéma. Aussi, plutôt que
de confier les rênes à un compositeur sans être certain d’aimer le résultat de
son travail, Tarantino préfère piocher dans sa discothèque personnelle pour
accompagner ses images. Un travail d’archéologue, collectionneur de disques
invétéré, qui est devenu la spécialité de Sir Quentin à tel point que certaines
des BO ainsi composées sont devenues des albums cultes à leur tour. Son dernier
film en date, Django Unchained, disponible depuis peu en DVD et bluray,
n’échappe à la règle et Quentin nous convie une fois de plus à un savant
festival de sons, créant des passerelles entre les genres et les époques, un
peu comme une virée en bagnole en sa compagnie. Le tout entrecoupé, comme
toujours, d’extraits de dialogues du film. Inspiré ce coup ci par le western
spaghetti, comme il a pu l’être auparavant par la blaxploitation ou le film de
kung fu, c’est bien évidemment dans ce
matériau là que Tarantino a principalement pioché recyclant des thèmes
chipés aux compositeurs Luis Bacalov, Riziero Ortolani ou Ennio Morricone
(c’est une autre de ses spécialités piquer la musique d’autres films pour la
mettre dans le sien). Un petit tour par le folk/country 70s via Jim Croce et on
se retrouve en plein gangsta rap avec les titres de Rick Ross et 2Pac (ce
dernier étant décédé depuis pratiquement 20 ans). La soul, d’obédience plutôt
contemporaine, n’est pas non plus absente des débats : le très joli duo
Anthony Hamilton/Elayna Boynton et l’excellent single « Who did that to
you ? » de John Legend que l’on a entendu un peu partout depuis la
sortie du film. Le mélange est décapant, le grand écart plutôt habile. C’est
tout le talent de Quentin Tarantino que de se faire rencontrer les extrêmes.
Une fois de plus le tour de passe-passe fonctionne.
Libellés :
Cinéma,
Django Unchained,
Quentin Tarantino
vendredi 31 mai 2013
The Hub + John Fairhurst + Heymoonshaker, le divan du monde, 29 mai 2013.
![]() |
| Dave Crowe (à gauche) et Andy Balcon (à droite) : Heymoonshaker |
Quelle divine surprise en ce mercredi soir, en découvrant la
longue file des spectateurs faisant la queue sur le trottoir longeant le divan
du monde !!! Les Heymoonshaker ont réussi à remplir la salle, plus une
place disponible, et tant pis si on est tassé comme des sardines, c’est avant
tout un formidable message d’espoir ! Mais avant de s’étendre plus avant
sur ce formidable duo, un petit mot sur les deux premières
parties…
On commence avec une vieille connaissance, le duo blues TheHub, qui se trouve être un projet en pleine mutation. Adepte de la formule en
duo, Hubert#06 est maintenant accompagné par un batteur (là où avant Yarol
tenait la basse et un semblant de batterie). La musique s’en retrouve
transformée en prends du coup un aspect plus tribal. La rythmique s’en retrouve
solidifiée et pleine de groove. Toujours aussi efficace à la guitare, Hubert
égrène ses rythmiques en ternaire avec brio. Petite (et excellente) surprise en
découvrant que notre homme du sud chante maintenant principalement en français,
ce qui à l’énorme avantage de lui donner une originalité. D’autant que l’homme
est totalement crédible dans ce rôle de bluesman francophone. The Hub est en
pleine préparation de son nouvel album, on attend la suite impatiemment…
Place ensuite à la grande découverte de la soirée, le John
Fairhurst band. C’est à l’occasion d’une interview avec les Heymoonshaker que
l’on a entendu parler de John Fairhurst pour la première fois : quoi, tu
ne le connais pas ? Tu devrais ! Et après l’avoir découvert en live
pour la première fois, je comprends mieux pourquoi. En effet, John Fairhurst,
guitariste de son état, fait montre d’un talent naturel peu commun. Guitariste
virtuose, l’homme est de plus doté d’une voix de gorge marquante, grave limite
graveleuse, parfaite pour le blues, évoquant des émotions directement de ses
cordes vocales. Son acolyte harmoniciste, complète la formation et souligne la
guitare de manière judicieuse. La musique du John Fairhurst band est un
véritable voyage en soi, si les matières premières restent le blues et le folk,
des inspirations psychédéliques et world (le dernier titre plutôt oriental) se
chargent de transporter l’auditeur vers un ailleurs radieux. Tout juste si on
pourrait lui reprocher un petit manque de concision, ce qui est malheureusement
souvent le cas avec les solistes trop doués… C’est quoi qu’il en soit une belle
découverte.
Et on termine enfin avec la grosse affaire de la soirée, le
duo beatbox blues anglais, Heymoonshaker et plutôt qu’un long discours stérile,
on va résumer la chose le plus simplement du monde : c’est LA
CLAQUE ! Le duo est parfaitement complémentaire, à droite de la scène Andy
Balcon, guitariste et chanteur à la voix gutturale, il incarne la facette la plus
classique du duo. Le grain de folie, c’est le (génial) beatboxer Dave Crowe. Le
beatbox est une technique plutôt assimilée au hip-hop, l’entendre mélangé à une
guitare blues est déjà assez surprenant en soi. Mais quand on a affaire à un
beatboxer d’exception, comme Dave Crowe, le concert devient une expérience
unique. Dave Crowe ne se contente pas seulement d’assurer à lui seul le travail
d’une section rythmique, non, il interprète littéralement le rythme,
l’accompagnant de grands gestes, de mouvements amples des bras. Se
contorsionnant dans tous les sens possibles et imaginables, Dave semble sans
cesse être au bord de l’implosion. Les sons qu’il tire de sa bouche sont tout
simplement bluffants et apportent au blues des couleurs inédites évoquant
l’électro ou le dubstep, alors que le groupe n’utilise aucune machine et
replace (et c’est d’ailleurs tout à son honneur) l’humain au centre des débats.
On frôle l’expérience sensorielle lorsque Dave demande au public de l’écouter
les yeux fermés lors de son hallucinant solo. Le dernier tiers du concert au
moment où le duo est rejoint par trois invités (John Fairhurst, son
harmoniciste et un clarinettiste) est exceptionnel. Le rendu musical, entre
blues et free jazz, est digne d’un jam band psyché des années 1960. Chaque
musicien trouve sa place avec une fluidité étonnante. Fairhurst en particulier
est excellent dans ce contexte. C’est tellement bon, que le quintet ainsi
constitué mériterait d’enregistrer un album. Il ne fait aucun doute que ces
musiciens font partie de cette troupe rare des bêtes de scène qui se donnent à
fond. Ils ont fait péter le plafond, le public est en délire, les mains en
l’air. C’est beau. Dave Crowe et Andy Balcon sont deux hommes droits et
honnêtes, des artistes plaçant les relations humaines au dessus de tout. Le
succès ne pouvait pas mieux tomber que sur ces deux là. Ils le méritent
amplement.
Libellés :
Heymoonshaker,
John Fairhurst,
The Hub
jeudi 30 mai 2013
Fargo Rock City Festival : Two Gallants + Sallie Ford and The Sound Outside + Steve Earle and The Dukes, Le Trianon, 27 Mai 2013.
Le gratin de l’Americana (ou presque) s’est donné
rendez-vous en ce lundi soir dans le cadre majestueux du Trianon pour la soirée
de clôture de la première édition du Fargo Rock City Festival organisé à
l’initiative du label et de la boutique de disques du même nom.
On commence avec les Two Gallants, le duo de San Francisco,
apparu il y a une dizaine d’années maintenant s’est crée une niche bien
particulière. Si la base semble être le folk (bien électrifié tout de même)
guitare et harmonica sur rack, le batteur, telle une déferlante sonore, donne
une ampleur grunge à l’ensemble. Le duo navigue en eaux troubles entre
apaisement (très jolie compo acoustique en toute fin de set) et furie sonore.
Très plaisant.
![]() |
| Sallie Ford and The Sound Outside |
On poursuit avec celle qui est devenue l’une des chouchous
de cette page depuis son apparition sur la scène mondiale fin 2011, SallieFord. Creusant le sillon tracé par son deuxième album, « untamed
beast », le projet musical de Sallie Ford est en pleine mutation. Très
marquée par le rockabilly et le gospel sur son premier disque, « Dirty
Radio », Sallie Ford délaisse un peu ses influences premières au profit
d’une approche à la fois plus contemporaine et plus garage. Un peu plus sale en
quelque sorte. Comme un signe du temps qui passe, point de reprise de Buddy
Holly cette fois, mais un « Heart of Glass » (Blondie) assez étonnant
(mais réussi) en ces lieux et place. Autre détail marquant, Tyler Tornfelt a
délaissé sa, pourtant magnifique, contrebasse au profit d’un basse électrique
pendant tout le set. A part cela on retrouve le groupe tel qu’on l’aime, le
batteur Ford Tennis est toujours impeccable de swing voire même carrément
impressionnant de rectitude et le guitariste Jeffrey Munger semble être la
nonchalance incarnée. Quant à Sallie, si elle se professionnalise de plus en
plus, elle a gardé intact cette fraîcheur qui la distingue encore (mais pour
combien de temps ?) des grosses machines ultra calibrées made in USA. Et
j’ai oublié de le préciser, mais son timbre de voix de gorge fait toujours son
petit effet. Je reste un peu nostalgique des intermèdes country chantés par
Jeffrey mais bon, c’est comme ça…
![]() |
| Steve Earle |
On garde le meilleur pour la fin avec un monument de la
musique étasunienne, rien de moins que Monsieur Steve Earle. Apparu au mitan
des années 1980 (premier album « Guitar Town » en 1986) comme un pur
chanteur de country, Steve Earle a ensuite évolué (grosso modo depuis son album
« Copperhead Road » de 1989) vers un style plus électrique, plus rock
voire même carrément heavy. Depuis Earle suit un chemin personnel : est-ce
de la country ? Oui mais pas complètement. Du rock alors ? Oui
également mais pas entièrement. De fait, Earle présente cette incongruité
d’avoir fait sien tous les styles sans jamais se renier, rock n’roll, folk,
country il n’y a guère que le blues qui échappe à son répertoire. La
quintessence du musicien américain. C’est surtout un songwriter fin et inspiré,
doté d’une conscience sociale en sus et n’ayant pas peur d’exprimer son
scepticisme à l’égard de son pays qu’il doit pourtant adorer (enfin j’imagine).
Ce qui lui a valu un certain nombre de déboires. Un peu à l’image de sa musique
Steve Earle a présenté un set en deux temps, une première partie plutôt folk /
rock axée sur la guitare, l’harmonica et une deuxième partie plus country
mettant en valeur la mandoline. C’est aussi avec un plaisir non feint que l’on
retrouve sur scène son guitariste Chris Masterson qui m’avait déjà fait forte
impression lors de son passage à la flèche d’or. Ses interventions sont
toujours justes et inspirées quelque soit le contexte. Ce type est tout
simplement brillant. Chris Masterson, retenez bien ce nom ainsi que celui de son
groupe The Mastersons.
Une programmation judicieuse et cohérente, un cadre
magnifique, celui du Trianon, cette première édition du Fargo Rock City
Festival a été une réussite en tout points. Espérons maintenant que l’événement
se pérennise (ce que n’a pas réussi le hélas défunt cool soul festival).
Vivement la deuxième édition et les suivantes…
dimanche 26 mai 2013
The Hillbilly Moon Explosion, Le nouveau Casino, 24 mai 2013.
C’est avec une joie sincère que l’on a retrouvé les
Hillbilly Moon Explosion, vendredi soir dernier au nouveau casino. Si le groupe
continue avec bonheur son petit bonhomme de chemin musical avec son excellent
nouvel effort « Damn right honey », les helvètes n’étaient pas venu
nous rendre visite depuis quelques années déjà (si mes souvenirs sont bons,
c’était au réservoir). Et c’est un groupe en forme olympique que l’on a
retrouvé ! Emanuela, toujours pleine de grâce, superbe dans son tee-shirt
Motorhead du plus bel effet, très en voix et auteur de chœurs et de
contre-chants poignants quand elle n’est pas la chanteuse lead. Derrière sa
magnifique Gretsch blanche demi-caisse on retrouve Duncan qui nous a gratifié
de ses six cordes magiques toute la soirée, excellent musicien aussi bien à
l’aise dans le rockabilly (la marque de fabrique du groupe) que dans les boogies
endiablés, très solide rythmiquement et soliste inspiré. C’est un bonheur de
l’écouter. Oliver et sa contrebasse assurent le show, petite escalade de
l’instrument pour une séance d’air surf au passage, et le lien avec le public.
Il est celui qui discute le plus. Bon chanteur, sa voix grave crée une
alternance intéressante avec le timbre féminin d’Emanuela. Et la distorsion sur
sa contrebasse apporte une note punk/garage originale et de la diversité dans
les ambiances très marquées par rockabilly des années 1950 du groupe. HME a un
nouveau batteur, Sylvain (et oui, il est français, hourra !), aussi bien à
l’aise avec les balais que les baguettes, son sens du swing, carré et efficace,
propulse le groupe dans une nouvelle dimension. L’association avec la
contrebasse fonctionne à merveille et fait renaître la magie du rock n’roll des
origines. Bref tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes si un
malheureux incident (une spectatrice tombée dans les pommes au premier rang au
cours d’un pogo bien agité, mine de rien on a frôlé la catastrophe) n’avait pas
mis fin au concert au beau milieu du dernier titre, jetant ainsi un voile
d’ombre sur une soirée jusqu’ici excellente.
Un petit mot pour finir sur le dj Erik Rug, que l’on a pu
écouter avant et entre les deux sets du groupe, et qui nous a balancé quelques
pépites 1960s rockabilly/garage/soul etc… vinyliques bien senties. Excellent Dj
set.
Libellés :
Erik Rug,
The Hillbilly Moon Explosion
mercredi 22 mai 2013
Ben Harper with Charlie Musselwhite : « Get Up ! »
Arrivé à un certain point, Ben Harper, 42 ans dont 20 de
carrière et des disques écoulés par pelletés, essaye dorénavant à s’intégrer
davantage dans le paysage blues, milieu autour duquel il tourne depuis des
années (ses débuts en fait) sans vraiment en faire partie. Trop rock pour les
puristes. En Charlie Musselwhite, harmoniciste de son état, un vieux de la
vieille, actif depuis les années 1960, Harper a trouvé le partenaire dans le
crime idéal. Méconnu du grand public mais adulé des connaisseurs, garant d’une
certaine tradition, Musselwhite a le fond nécessaire pour hausser le niveau et
pousser Ben Harper hors de sa zone de confort, celle des standards FM. Le
premier titre dévoilé, « I don’t believe a word you say », pouvait
laisser pantois quant aux tenants et aboutissants d’une telle collaboration.
Gros riff de guitare, Musselwhite un peu sous-utilisé, le morceau portait
indéniablement plus le sceau de Ben Harper que celui du malicieux harmoniciste.
Les choses avaient-elles vraiment changées ? Après écoute du disque, on
peut l’affirmer, oui, mille fois oui et c’est pour le meilleur ! Le disque
révèle une complicité, une connivence (corroborée par les photos du livret)
entre les deux protagonistes. C’est le disque de deux potes, pas une
collaboration forcée débouchant sur un gain en crédibilité pour l’un et en célébrité
pour l’autre. L’album est équilibré, bien balancé, les musiciens aussi bien à
l’aise dans un environnement acoustique,
« Don’t look twice » qui ouvre les débats de fort belle
manière, très cool, qu’électrique « Blood side up ». « I ride at
dawn » est lourde et aussi oppressante que le plomb alors que « Get
up !», nettement plus jam, swingue comme pas possible, en partie grâce à
une ligne de basse absolument mortelle. Il n’y a ni règles, ni limites, le duo
tente tout et met dans le mille neuf fois sur dix. Mention spéciale pour
« She got kick », très réussie. Un très bel album et une perle
supplémentaire dans la discographie de Ben Harper, après l’album sorti avec les
Blind Boys of Alabama (« There will be a light ») en 2004.
Libellés :
Ben Harper,
Charlie Musselwhite
lundi 20 mai 2013
Bubblies : « Audiogame #1 »
Décidemment les bonnes surprises musicales arrivent avec une
régularité confondante dans notre cher Hexagone ces temps ci ! Et comment
est-il possible que l’on n’ait jamais entendu parler avant de ces Bubblies,
pourtant actif depuis le milieu des années 1990 ?? Biberonnés au son power
pop punky des années 1990 (Weezer, Pixies, Nada Surf, ce genre de choses) les
Bubblies viennent de sortir (enfin il y a déjà quelques mois) une petite perle
dans le genre. « Mastermind » et « Big Fake » qui ouvrent
l’album de la plus belle des manières n’ont rien à envier aux classiques du
genre, signés des groupes cités plus avant. Energie, évidence mélodique, refus
absolu de quitter l’adolescence (quelque part ça se comprend…) l’album sonne
comme un grand voyage dans la machine à remonter le temps. En gros, c’est comme
il y a vingt ans, une époque où le téléphone était pensé pour se parler !
Arrivé à mi-écoute, l’album prend un tour inattendu, moins porté sur les
guitares (encore que) et plus sur la pop électro-kitsch, à base d’orgue Moog,
les Rentals (les années 1990 toujours) ne sont pas bien loin. Une belle petite
réussite qui ravira aussi bien les nostalgiques de tout bord que les amateurs
de pop bien envoyée. Excellent.
www.bubblies.net
samedi 18 mai 2013
Kesiena : « It was all written »
Alors que l’album débute avec la douce acoustique « On
my way », on a l’impression de partir pour un beau voyage au cœur des
musiques roots en compagnie de Kesiena (joli grain de voix au passage). Hélas,
rapidement le versant pop de l’affaire prend le dessus, les arrangements
particulièrement d’une grandiloquence digne des années 1980. Quelques bons
morceaux malgré tout (« You may not be the one », « love is all
i have » "It was all written"). Une occasion manquée.
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