jeudi 17 août 2017

Dirty Deep : « What's flowin in my veins »



Attention ceci n'est pas le nouvel effort du redoutable trio strasbourgeois mais une nouvelle version de leur troisième album du même nom (chronique ici). Pour résumer, les deux disques commencent (« Holy pocket boogie ») et se terminent (« Shine ») de la même façon. Pour le reste c'est complètement différent ! Bien mieux qu'une version deluxe, il s'agit plutôt d'une version repensée du disque, nouvel artwork (moins BD que l'originale et axée sur un crocodile), tracklisting différent et quatre nouvelles chansons en plus des dix que contenait la première version. Comme un nouveau regard posé par le groupe sur son œuvre. Et c'est avec délice que l'on retrouve cet univers marécageux, une collusion entre garage voire punk de bon aloi (« How I ride ») et blues pur jus (« Can I kick it ? »), guitare slidée à l'appui. Entre les deux, le groupe glisse quelques titres en acoustique (« Mud turns blood ») dont une belle reprise du standard « John, the revelator ». Voilà une bonne occasion de (re)découvrir Dirty Deep, mais prenez gare, ils sont contagieux !
En concert le 26/09 à Paris (La Boule Noire)
https://dirtydeep.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/dirtydeep.official/

mercredi 16 août 2017

Raul Midón : « Bad ass and blind »



Au mitan des années 2000, au moment du grand renouvellement de génération, alors que la soul music, alors agonisante, se cherchait de nouveaux héros, on aurait bien mis une petite piécette sur lui, « le nouveau Stevie Wonder » ainsi qu'on le surnommait parfois (un peu abusivement, l'étiquette étant trop réductrice). C'était l'époque des albums « State of mind » (2005), « A world within a world » (2007), « Synthesis » (2009) et, pour l'artiste, le temps des majors. S'en suivit un long tunnel de cinq années avant que le guitariste ne refasse surface, loin des ors et du lustre des grandes multinationales du disque, sur de petites structures indépendantes, en totale auto-production. Et, force est de constater, qu'à ce petit jeu Raul s'en sort plus qu'honorablement. C'est avec plaisir que l'on retrouve son univers ouaté entre folk et soul music et son grain de voix chaleureux, ascendance latino oblige. L'artiste en profite également pour sortir de son carcan avec une réussite aléatoire, pour le meilleur : l'incursion en territoire jazz/swing « Wings of mind », (avec une vraie trompette pour une fois, l'artiste étant connu pour ses imitations bluffantes de l'instrument), "All that I am" et le moins bon, la voix proto-rap de « Bad ass and blind » qui vient ruiner une composition d'excellente facture, et le costume « badass » qui, généralement, ne lui va pas (la pochette est ridicule avouons-le), ou semble moins bien taillé que celui de crooner (« If only »). Pour le reste cet album n'est que swing élégant et acoustique, du piano ou de la guitare, raffinée (« Jack »). Une réussite à écouter de préférence une fois le soir tombé.

http://www.raulmidon.com/
https://www.facebook.com/raulmidon
https://twitter.com/raulmidon

mardi 15 août 2017

Wicked



Venu de Brest, les antennes braquées sur les ondes d'outre-Manche, dont les notes ne sont pas tombées dans de sourdes oreilles, Wicked déboule avec un deuxième EP furieusement rock. La scène garage, et ce savoureux mix entre blues et rock n'roll déglingué, n'est jamais bien tout comme les Black Keys (mais attention le meilleur, celui des débuts) dont l'influence se fait sentir au niveau vocal. Wicked, vilain en français, comme le traitement qu'impose le groupe à ses jolies mélodies pop, vitriolées à grands coups de guitares saturées. A ce détonnant cocktail, le groupe ajoute une petite note dark, un peu mécanique, un peu froide, de bon aloi, rappelant les voisins The Craftmen Club. Six titres seulement mais une belle promesse pour l'avenir.
https://wickedbrest.bandcamp.com/releases

lundi 14 août 2017

Lenine McDonald : « Belles Idoles »



Le nom intrigue et le disque aussi ! Derrière l'étonnant alias de Lenine McDonald se cache le bassiste co-fondateur de Jesus Volt. Aucune chance cependant de confondre son œuvre personnelle avec celle de son groupe fétiche. Cinq titres composent cet EP et on compte pratiquement autant de style différents, du funk langoureux (« Belles Idoles », « Où sont tes rêves ?») au bulldozer électro-rock (« Laisse, je vais le faire ») en passant par la chanson planante et minimaliste à la basse (« Anastasia »), la marge est importante. Ce côté patchwork constitue à la fois la grande force du disque, mais aussi sa limite. Sortant de sa zone de confort le bassiste s'est fait plaisir touchant un peu à tout, histoire de s'amuser et tant pis si les auditeurs se perdent en route, après tout, se perdre c'est aussi un art de vivre. Du moment qu'il nous sort des titres du calibre de « Brûlé, mois de mai », sous l'influence conjuguée du blues et de l'Afrique, tout va bien…
www.leninemcdonald.com
https://fr-fr.facebook.com/resistercreer

dimanche 13 août 2017

Ty Segall en tournée


En voilà une nouvelle qu'elle est bonne : Ty Segall est en tournée française, fin août, et il y a de quoi égayer notre fin d'été (ceux qui ont assisté à son concert dévastateur sur la plage des Eurockéennes de Belfort il y a un an, savent)...

20 août : La Route du Rock
25 août : Le Cabaret Vert
27 août : Rock en Seine
29 août : Biarritz
30 août : Le Bikini

https://fr-fr.facebook.com/tysegall666/
http://www.ty-segall.com/

vendredi 11 août 2017

The Volunteered Slaves : « Ripcord »



Chez les Volunteered Slaves pas question de se laisser enfermer dans un style. Un seul mot d'ordre : la diversité et un objectif en ligne de mire : le swing, qui emporte l'auditeur dans un tourbillon qui ne se termine jamais tout à fait. Ainsi, le groupe nous entraîne dans un trip jazzystique (car c'est bien de cela qu'il s'agît au départ) détonnant. On y chante en anglais bien sûr mais aussi, et c'est plus étonnant, en japonais, en arabe et en créole. Au passage on croise quelques reprises surprenantes « God Only Knows » (The Beach Boys), « Video Killed The Radio Star » (Buggles) mais aussi The Clash (« Rock the Casbah » cité au détour de « Kahina »). La musique, quant à elle, fait la grande boucle. Si jazz et funk constituent la matrice, cette dernière s’enrichit d'influences électro par le biais d'un clavier bien inspiré (« Osun »), de pop (cf. les reprises sus-citées), de hip-hop (ah flow de Indy Eka !) et de rock (« Jonathan's Back ») ; tout ceci sous l'égide de percussions africaines à faire groover un cadavre (cf. « Bara »). Merveilleusement incarné par un sextet de vocalistes d'exception, évoquant l'Afrique une fois encore, ce méli-mélo détonnant prend une tournure cinématographique. On pense en particulier au slammeur Allonymous dont la voix de gorge donne des accents de film noir à « The Gambler ». Son association avec Indy Eka fait des étincelles, on jurerait leur scène de ménage « Watersplash » issue d'une série B de blaxploitation. Sacré cocktail. Etes-vous prêts pour le plongeon, la tête la première dans le grand bain (cf. la pochette) de la musique ?

https://fr-fr.facebook.com/thevolunteeredslaves/

mercredi 9 août 2017

Rivkah : « Shara »



Le petit monde de Rivkah, que l'on découvre avec cet album, sorti en 2013, se révèle, au fil des écoutes, doux et cosy, propice à la rêverie. Si la musique s'articule principalement autour du piano, et des instruments à cordes (violon, violoncelle, contrebasse) parfois l'artiste s'aventure parfois hors des sentiers battus, expérimentant des rythmiques autour de la voix (cf. « Now and I », « Harmonically », « Coconut »). L'écoute ressemble à un moment suspendu, à part, la musique ne semble ni d'hier, ni d'aujourd'hui, simplement hors du temps et des modes, intemporelle (magnifique "Take Care" dans la lignée des songwriters 70's). Le disque ressemble à un petit cocon confortable, dans lequel on se love, bercé par la voix haut perché de Rivkah et certaines chansons sont particulièrement émouvantes (« Mi Amor »). Pris dans sa globalité, l'album dégage un sentiment langoureux, nostalgique à l'occasion (« The beauty of your face »), souvent féerique ("Racoon"). Mais un groove de batterie bienvenu (« Fight off ») apporte un peu de piquant empêchant la léthargie de s'installer. Les plages défilent et Rivkah emporte l'auditeur dans son univers qu'elle a réussi à mettre en sons et en mélodies. Parfois intriguant voire baroque, l'album attise la curiosité de l'auditeur, exhalant un parfum de revenez-y, afin de saisir toutes les nuances qui se dévoilent par couches, une écoute après l'autre. La bande originale de l'insomnie, à écouter avant de sombrer dans de doux rêves…

lundi 7 août 2017

Mexrrissey : « No Manchester »



On le sait peu mais Morrissey fait l'objet d'un véritable culte au Mexique, « Rien ne peut égaler l'amour que les Mexicains me témoignent » comme le confie le chanteur, ce qui a donné naissance à ce projet baroque. Un groupe nommé Mexrrissey, formé de musiciens issus de la scène indé/alternative de Mexico, dans le but de reprendre en espagnol (« Taco is murder » comme l'indique la pochette intérieure du cd ah ah!) les chansons de l'ex-leader des Smiths avec accompagnement musical à l'avenant, c'est à dire trompette, accordéon et guitare mariachi… Toute curieuse que soit la proposition, l'amalgame entre la mélancolie vénéneuse des chansons et ces arrangements étonnants fonctionne. Les titres prennent alors une nouvelle dimension : « Cada dia es domingo » (« Everyday is like sunday »), « International playgirl » (« The last of the famous international playboys »), « Mexico », « Estuvo bien » (« Suedehead »). En creux, cet album illustre la qualité inexorable des compositions du Moz. Hélas, le cd est un peu répétitif, sept titres seulement, complétés par cinq versions live n'apportant rien de plus. Trop peu pour considérer la chose autrement qu'une curiosité exotique à destination des fans. Intéressant néanmoins.

http://www.mexrrissey.com/splash/
https://www.facebook.com/mexrrissey
https://twitter.com/mexrrissey


dimanche 6 août 2017

Bertrand Burgalat : « Les choses qu'on ne peut dire à personne »



Sur la scène française, Bertrand Burgalat occupe une place à part. A la tête de son label Tricatel, Burgalat défend, depuis une bonne vingtaine d'années et en toute indépendance, une certaine idée de la pop à la française. Elégante et racée, assez différente en fait du sacro-saint modèle anglo-saxon, reprenant à son compte l'héritage laissé par les grands anciens, Polnareff, François de Roubaix voire éventuellement le Gainsbourg de Melody Nelson. Les influences des années 1960 et 1970 sont donc prégnantes dans sa musique, mais attention il n'est nullement question d'un disque rétro ni même rétro-futuriste. Plutôt que de recréer une époque révolue, Burgalat transpose au 21ème siècle le formidable esprit d'innovation et de dépassement qui avait cours il y a cinquante ans. Et cela donne des choses formidables, des tubes immédiats débordants d'évidence mélodique où les mots sont toujours choisis avec soin (« Les choses qu'on ne peut dire à personne », « L'enfant sur la banquette arrière ») ou, dans sa version instrumentale, une forme d'électro hybride donnant aux instruments électriques (basse, guitare) autant d'importance que les synthés millésimés (« E l'ora dell'azione », « Etranges nuages »). Le sépulcral « Tombeau pour David Bowie » ou « Ultradevotion » plongent l'auditeur dans un entre-deux étrange, entre chien et loup, maniant à la perfection ces ambiances nocturnes. Placée en conclusion, « Etude in black » montre que chez lui le jazz et la musique classique ont autant d'importance qu'un obscure vinyle pop des sixties.

https://fr-fr.facebook.com/Bertrand.Burgalat/
https://twitter.com/tricatel
http://tricatel.com/site/

samedi 5 août 2017

The Celtic Social Club : « A new kind of freedom »



Deuxième album pour ce groupe formé de musiciens français (dont deux Poitevins) entourant le chanteur écossais Jimme O'Neill, qui au siècle dernier cartonnait un peu partout avec son groupe les Silencers. Le nom du groupe laisse peu de place au doute, il est question de musique celtique et bouzouki, violons, banjo, mandoline et cornemuse sont de sortie. Mais comme chez leurs confrères de Doolin', il est autant question de respecter la tradition que de décloisonner les genres. Ainsi, ce nouveau disque se pare parfois d'influences très rock (« Hoolieman », « Dreams to believe in », « Aliens », "A sack of bones"), ce qui est assez commun depuis l'éclosion des Pogues et autres Dropkick Murphys, auxquels on peut penser parfois en version allégée et moins punk. Classique donc mais hautement appréciable, tant l'énergie habitant ces titres est contagieuse et perceptible dans la voix magnifiquement éraillée du chanteur Jimme. Mais l'album réserve bien d'autres surprises, comme l'ouverture vers le blues (« When you need someone ») ou les musiques du monde. Ainsi, Faada Freddy vient prêter sa voix au premier single « Christmas 1914 », ailleurs on retrouve une derbouka (une percussion orientale) pour un résultat évoquant à la fois le moyen-orient ou le reggae jamaïcain (« A dub for Black Donald »), qui constitue une autre influence prégnante sur l'album. Un disque en forme de voyage, donc, avec une chanson pour chaque escale.

En concert le 11 novembre à Paris (Le Flow)

http://www.celticsocialclub.com/
https://www.facebook.com/the.celtic.social.club

vendredi 4 août 2017

Mark « Porkchop » Holder : « Let it slide »


Après bien des tourments personnels, Mark « Porkchop » Holder, ancien membre des Black Diamond Heavies, a signé cette année son retour sur la scène musicale. Ces huit dernières années, Mark s'est reconstruit. Et puis il a déménagé. Son retour sur ses terres, dans le Tennessee, marque un nouveau départ empreint de blues. Ce nouvel album se nomme « Let it slide » et c'est bien ce que fait Mark tout au long de ces neuf pistes, faisant glisser, avec feeling, le bottelneck sur ses cordes. Accompagné d'une section rythmique (basse et batterie) surpuissante, Mark dope son blues de guitares saturées nourries au garage-rock. Ainsi, l'album possède cette patte sale et graisseuse qui fait tout son charme. L'aspect rudimentaire de la chose en renforce l'attrait, donnant l'impression d'un disque enregistré dans une grange délabrée, les pieds dans la boue. L'écoute s'avère dépaysante. Ici et là, un harmonica fait son apparition pour la bonne note roots. Tout comme le dobro acoustique sur le blues nocturne « Let it slide reprise – no doctor ». Deux titres, deux reprises, « Stagger Lee » et « Baby please don't go » nous éclairent sur les intentions musicales de Holder à mi-chemin égarées quelque part entre le blues et le punk-rock.

https://twitter.com/PorkchopAndMPH
Facebook

jeudi 3 août 2017

Jim Jones And The Righteous Mind : « Super Natural »



The Jim Jones Revue à peine séparés, au grand dam des amateurs de rock n'roll, le chanteur Jim Jones n'aura pas tardé à retomber sur ses pattes avec cette nouvelle formation qui, après trois Eps, sort son premier album. Un événement attendu depuis longtemps, la séparation, frustrante, de Jim Jones Revue laissant un vide béant que ce nouvel effort comblera sans peine. En effet, ce nouveau groupe marche sur les pas de son prédécesseur tout en effectuant quelques pas de côté histoire d'affirmer une personnalité propre. Ainsi, on retrouve ce piano diaboliquement efficace qui fait tout le sel de la formation, apportant de la musicalité et une note originale qui fait du bien quand les guitares ont tendance à sombrer dans le chaos (cf. le boogie ravageur de « Base is loaded », « Aldecide »). La même remarque s'applique à la lap-steel, instrument typique de la country, ou à l'orgue qui font leur apparition, ce dernier ajoutant une note de groove à l'ensemble. Ailleurs, on retrouve tout ce qui faisait le charme de la Revue et certains titres auraient trouvés sans peine leur place dans le répertoire du groupe précédent (« Something's gonna get it hands on you »). Mais l'ensemble est un peu moins marqué par le rock n'roll des années 50, si l'influence reste présente, elle se pare dorénavant de teintes plus sombres évoquant, de loin en loin, le grand Nick Cave ("Shallow Grave", le crépusculaire "Everybody but me"). Une impression renforcée par la charte graphique adoptée par le groupe (cf. la magnifique pochette signée de l'artiste tatoueur lyonnais Jean-Luc Navette). Carré, puissant et mélodique, sombre à l'occasion, ce premier effort est une réussite qui comblera tout ceux estimant que le rock ne vaut rien s'il n'est pas accompagné du roll.


mercredi 2 août 2017

Crystal Fairy


L'association des talents venus d'horizons divers restant le plus sûr moyen de vendre quelques galettes de nos jours, les « supergroups » se succèdent les uns, les autres. Voici donc venu Crystal Fairy dans lequel on retrouve Omar Rodriguez-Lopez (At the drive-in, Mars Volta), King Buzzo et Dale Crover (The Melvins) ainsi que Teri Gender Bender (Le Butcherettes). Ceci étant posé, on aurait tort de résumer Crystal Fairy à cette simple addition. En effet, ce premier album est bien plus qu'un énième « projet parallèle », le quatuor réussissant à créer un univers pour le moins singulier, ces onze titres composant une proposition musicale particulièrement aboutie. Comment résumer la chose ? Tout d'abord du gros son, des guitares énormes (Teri et Buzzo), mais ça c'était pour le moins attendu vu le pedigree des participants. Ce qui l'est moins ce sont ces compositions labyrinthiques (« Necklace of divorce ») et tout ces replis et recoins composant l'album et dans lesquels le groupe prend un malin plaisir de se perdre, entraînant l'auditeur dans son hasardeux sillage. Crystal Fairy n'est pas un groupe bruyant de plus. Si bien entendu punk et métal restent des composantes fondamentales (cf. le morceau titre « Crystal Fairy », « Secret Agent Rat »), le groupe ajoute des couches supplémentaires dark (« Drugs on the bus ») ou psychédéliques barrées (« Moth tongue », « Under Trouble »). Et puis il y a la voix si particulière de Teri, une manière de Diamanda Galas égarée dans un film de Tim Burton, qui peaufine le tout d'une note baroque voire gothique. Singulier on vous dit, mais, surtout, digne d'être écouté.

https://crystalfairy.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/crystalfairyband/

Rivkah et Silo en concert le 04/08 à La Passerelle 2

Pour tout ceux qui ne sont pas à la plage...


mardi 1 août 2017

All Them Witches : « Sleeping through the war »



Le gros problème d'All Them Witches, c'est son premier album, le fabuleux « Our mother electricity ». Un coup d'essai en forme de coup de maître appelé à devenir un classique. Parti trop haut, trop fort et surtout trop vite, le groupe de Nashville a bien du mal depuis a donner une suite à la hauteur des espérances folles nées à la suite de ces débuts en fanfare et ce en dépit d'une discographie (quatre albums) qui n'a absolument rien d'infamant. Il en va de même avec ce quatrième disque, excellent comme toujours, mais un brin palot en comparaison. Si All Them Witches possède une telle côte de sympathie c'est parce qu'il se situe pile dans notre périmètre. A savoir un groupe de rock maîtrisant à merveille le gros son (« Don't bring me coffee ») qu'il combine à des influences allant du blues (« 3-5-7 »), au space rock psychédélique (« Am I going up »). Ainsi ce nouvel effort, comme les précédents, alterne le chaud et le froid, passant d'une tornade électrique aux nappes planantes (« Bulls », le formidable morceau d'ouverture) sans heurts ni efforts apparents. Cette démarche complexe prend tout son sens sur des formats longs flirtant avec les dix minutes (« Internet » le morceau de clôture). Si, comme la majorité de ses contemporains, All Them Witches collectionne les influences venus des années 70, le quatuor se distingue en ne recherchant pas à recréer stérilement à tout prix une époque révolue. Au contraire, ATW propose une musique, respectueuse du passé certes, mais résolument actuelle et propulsée par une dynamique totalement contemporaine. Un bien bel album, très réussi, porté par une force de composition et une tension (« Alabester ») sans pareils. 

En concert le 29 septembre à Paris (Trabendo).
http://www.allthemwitches.org/
https://fr-fr.facebook.com/allthemwitches
https://allthemwitches.bandcamp.com/

lundi 31 juillet 2017

Valparaìso : « Broken Homeland »


Collectif plus que groupe, les parisiens de Valparaìso, sont de retour avec un album inaugural, après un excellent premier EP, « Winter Sessions » sorti fin 2015. A l'image du port chilien auquel il emprunte son nom, Valparaìso est un lieu de passage. Chaque invité, et ils sont nombreux, Howe Gelb, Josh Haden, Phoebe Killdeer, Rosemary Standley..., apporte son univers, sa sensibilité et sa voix, souvent venu de l'univers anglo-saxon (Dominique A et Julia Lanoë, seules exceptions notables à la règle). Valparaìso, à lui seul le nom est une invitation, au voyage, à la rêverie. Promesses tenues haut la main par le collectif, qui tricote des ambiances nocturnes et poétiques traversées d'éclairs rocks (« Bury my body », « The Allure of Della Rae »), de feeling blues (« Constellations ») ou de délicatesse country/folk//jazz (« Valparaìso », « Wild Birds ») portée par la finesse des balais du batteur. Chaque chanson s'apparente ainsi à une carte postale poussiéreuse et cornée, envoyée du fin fond du monde, pour donner des nouvelles. Le procédé, cinématographique, fait de chaque titre une sorte de court-métrage, comme un western imaginaire, porté par une ambiance ou un silence particulier. Ce disque est un disque de conteurs, et à ce petit jeu difficile de faire mieux que la voix brisée d'Howe Gelb sur le titre d'ouverture, qui emporte l'auditeur. Le voyage est à portée d'enceintes. Magnifique.

Sortie le 22 septembre.
En concert le 21 novembre à Paris (Café de la danse).


http://www.valparaiso-music.com/
https://www.facebook.com/ValparaisoMusicOfficiel
https://twitter.com/valparaisomusic

jeudi 27 juillet 2017

Exposition New Orleans la flamboyante

(c) Cachete Jack


(c) Isabelle Manoukian


(c) Giacomo Nanni
Prenez gare, crawfish, crocodiles, voodoo et, hélas, aussi un peu Katrina envahissent la Slow Galerie ! En effet, le temps d'une exposition, la petite galerie de la rue Jean-Pierre Timbaud se retrouve délocalisée en plein bayou. Cinquante-six œuvres ornent les murs blancs de la galerie et c'est un ravissement pour l’œil. Un spectaculaire déferlement de couleurs qui donnent une note naïve et, étrangement, psychédélique à la pièce. Mais dans le cœur de tous les amoureux de la musique, jazz, blues, soul ou funk, le rythme, si spécifique et hérité de la tradition créole, de la Nouvelle-Orléans résonnera toujours d'un battement particulier. Une thématique que l'on retrouve bien évidemment ici, au même titre que celle complémentaire du carnaval, dans les oeuvres signées Cachete Jack ou Gwladys Moret. A visiter en réécoutant le "Gris-gris" de Dr John...


http://www.slowgalerie.com/fr/
https://www.facebook.com/slowgalerie
https://twitter.com/SlowGalerie

Exposition" New Orleans, la flamboyante"
Jusqu'au 5 Août. Entrée Libre.
Slow Galerie
5, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème
11h-19h30 (sauf le lundi et le dimanche)
12h-19h30 (le samedi)

(c) Daniel Lambert
(c) Groduk & Boukar

mercredi 26 juillet 2017

The Magpie Salute



Ce premier album part d'une démarche particulière. Avant d'attaquer le premier chapitre d'une nouvelle histoire, Rich Robinson, ancien guitariste des Black Crowes, a décidé de se retourner vers son passé, les chansons qui l'ont marqué ainsi que ses propres compositions au sein de son ancien groupe, les fameux corbeaux d'Atlanta. Il en résulte cet album de reprises, œuvre de la nouvelle formation XXL (dix musiciens) du guitariste qui retrouve ses ex-compagnons de jeu, Marc Ford (guitare) et Sven Pipien (basse) ex-Crowes comme lui. L'ombre des Black Crowes plane donc sur ce nouveau projet d'autant qu'ils reprennent « Wiser Time », « What is home » et « Time will tell » (Bob Marley), déjà reprise par les Crowes en son temps. Projet anachronique, The Magpie Salute demande de la part de l'auditeur un effort d'écoute et d'attention que ce dernier, élevé au streaming, n'est plus guère disposé à consentir. Et c'est regrettable. Car The Magpie Salute remet la jam au centre des débats et ce sur des durées assez longues (entre 7 et 9 minutes en général). Ecouter le disque revient ainsi à assister, ébahi, à un dialogue musical entre instruments où le feeling, l'émotion du moment prends le pas sur la partition au sens strict. C'est ainsi que le groupe réussit à s'approprier le répertoire, la différence est sensible avec les versions originales des Crowes, plus longues et explorant de nouvelles pistes, et distinguant The Magpie Salute du premier cover band venu. L'album peut ainsi sembler anecdotique, un album de reprises de plus, mais c'est aussi, surtout, la première pierre d'un nouvel édifice et la promesse d'un avenir qui s'annonce radieux (un album de matériel original est déjà en chantier). Terminons enfin avec une pensée émue pour l'organiste Eddie Harsch (un autre ex-Black Crowes), décédé en novembre 2016, et qui signe là un formidable adieu musical.

http://themagpiesalute.com/
https://www.facebook.com/TheMagpieSalute/
https://twitter.com/themagpiesalute


mardi 25 juillet 2017

The Defibrillators : « Electric Fist »



Sur la pochette de ce premier album de ce groupe venu de Haute-Savoie, une main tient un éclair. Et l'image est on ne peut plus approprié tant la foudre semble sortir des enceintes et frapper l'auditeur à l'écoute du disque. Les racines de la formation sont à rechercher du côté du rock n'roll des années 1960 mais pas n'importe lequel, celui pour lequel le « roll » est indispensable. On pense ainsi tour à tour aux précurseurs du punk (Stooges, MC5) ou au rock garage des mêmes années (Sonics, Seeds) autant d'idiomes parfaitement intégrés et digérés par le groupe (« Spend my money »). L'album ravive les souvenirs de tout ce qu'on aime, à la fois fougueux, sauvage et débridé. Mais, surtout, le quintet n'est pas insensible à ce qui s'est passé après les années 1960. Ainsi, le punky « Chemical gas » est très actuel comme un trait d'union entre les influences du passé et un son plus moderne. La grande force du groupe réside dans ce groove de la batterie qui se marie à merveille aux guitares énormes (« Think I'm dirty ») et qui, en général, fait le sel de tout bon groupe garage qui se respecte. Le cahier des charges parfaitement exécuté, le disque ne peut être que réussi. Encore plus avec un chanteur, Iron Mut, aussi expressif qui module sa voix à l'envie en fonction des émotions. Quelques influences bluesy en plus (« Prostitute », « Dentist blues ») ajoute au charme de la chose et le tour est joué ! Excellent.

lundi 24 juillet 2017

Trombone Shorty : « Parking Lot Symphony »



Superstar de la nouvelle scène New-Orleans, qui l'a vu naître, Troy Andrews a fait de son instrument de prédilection son prénom d'artiste. Digne héritier de ce style si spécifique, évoquant la peine sur un ton festif (et inversement) sur des rythmes funky et endiablés hérités de la Caraïbe, Trombone Shorty est particulièrement incendiaire sur scène. Les spectateurs du Paris Jazz Festival du Parc Floral en s'en souviennent encore, lorsque, en 2013, le musicien avait prolongé son concert dans le allées du jardin pour le plus grand bonheur des badauds. Un instrumentiste surdoué doté d'un showman charismatique, bref, Trombone Shorty a tout pour lui. Et pourtant, après une entame osée et impeccable (le funèbre « Laveau Dirge » que l'on retrouve également en conclusion) ce nouvel effort nous déçoit quelque peu au point de nous laisser un goût un peu amer à l'oreille. Certes, Trombone Shorty est impeccable lorsqu'il est lancé à pleine allure sur une autoroute funk laissant peu de répit à l'auditeur (« Here comes the girls », la reprise impeccable de « It ain't no use » des Meters avec, adoubement suprême, Leo Nocentelli en personne ; le final instumental « Tripped out slim », « Fanfare » et « Like a dog »). Mais le bât blesse lorsque Trombone Shorty se met en tête de jouer à la pop star, pour un résultat fade, lorgnant trop vers la FM, pour être honnête (le morceau titre « Parking lot symphony », « Familiar », « Dirty Water », « No good time ») et ce en dépit des influences Treme (son quartier natal) que l'artiste prend soin d'injecter dans chaque titre. On attendait mieux.

http://www.tromboneshorty.com/
https://www.facebook.com/TromboneShorty/
https://twitter.com/tromboneshorty

jeudi 20 juillet 2017

The Dustaphonics : « Johnny & Bo »


Il est de ces groupes que l'on retrouve avec grand plaisir après les avoir perdus de vue pendant un temps et, assurément, les Dustaphonics font partie de cette catégorie. La tête pensante de l'affaire se nomme Yvan Serrano, un Français exilé à Londres depuis 20 ans, connu mondialement sous son nom de DJ Healer Selecta. Ce nouvel effort, le troisième, est placé sous l'égide de deux figures tutélaires, représentées sur la pochette, Johnny Ramone et Bo Diddley. Le titre éponyme « Johnny & Bo » les met à l'honneur associant le « hey Bo Diddley » de l'un au « Hey ho let's go » de l'autre dans un mariage harmonieux quoi qu'étonnant. Le reste de l'album s'avère aussi explosif que le mariage des deux musiciens évoqués plus avant. Il faut dire que les Dustaphonics évoluent en terrain miné entre swing énervé hérité du rockabilly et roucoulades acharnées d'une guitare en plein trip surf. Le cocktail est sous haute énergie. Mais depuis notre dernière visite, le groupe s'est étoffé et a élargi son registre instaurant une dose de soul music (« Dreams on screen » ; « Q sounds groove » ; « I'm hurting ») dans une sorte de pause bienvenue ralentissant le tempo. Le groupe est bien aidé dans sa tâche par un remarquable trio de chanteuses se relayant les unes, les autres (Hayley Red, Aina Roxx et Kay Elizabeth) et des arrangements à l'avenant, percussions, hammond et cuivres, rapprochant le groupe de ce qui se fait, par exemple, chez Daptone records. Rétro et efficace, le petit plaisir de cet été.

mercredi 19 juillet 2017

Bror Gunnar Jansson : « And the great unknown Part II »


Après un premier EP sorti il y a quelques mois voici la deuxième partie du diptyque entamé par Bror Gunnar Jansson. Mis bout à bout, l'ensemble constitue le nouvel album du dandy Suédois et son œuvre la plus ambitieuse à ce jour. Car à l'écoute il semble évident que le terme de « bluesman » et s'applique plus à la musique du Suédois, trop à l'étroit dans le costume. Même si le ternaire reste une influence prégnante, la musique de Gunnar brille par ses arrangements et est d'une telle richesse que les styles s'y croisent autant qu'ils se mélangent. On y trouve du blues et du rock n'roll bien sur mais aussi des effluves mexicaines par le biais d'une trompette inspirée (cf. « Edward Young took his gun ») ou des relents de rumba (cf. « I ain't going down that road no more »), de gospel (« O'death ») et de country (« While I fight the tears ») fantomatiques. Au-delà c'est un véritable trait de fracture qui sépare la musique de Gunnar en deux. D'un côté on retrouve du rock n'roll fiévreux, sous influence garage, à base de riffs de guitare concassés d'une efficacité redoutable (« Moan snake moan part III », « The Lonesome shack », « He had a knife in his hand, part II »). Il est ainsi entendu que Gunnar s'y connaît en rock n'roll et son howl en ferait pâlir plus d'un. Rapide au sprint, Jansson aime aussi prendre son temps, parfois au-delà des dix minutes (cf. « The Preacher ») et livre des pièces d'americana hantée, faisant froid dans le dos par leur noirceur cinématographique, et on trouverait probablement de quoi nourrir des dizaines d'histoires de serial killer malade dans ce nouveau disque. Produit avec autorité et maîtrisé de bout en bout, ce nouvel album voit Bror Gunnar Jansson entrer, encore un petit peu plus, dans la cour des grands. 
https://fr-fr.facebook.com/brorgunnarjansson/
https://twitter.com/brorgunnar

samedi 15 juillet 2017

And Yet It Moves, Studio Campus, 14/07/2017.

Sorti en 2014, le premier album des Amazing Snakeheads avait séché tout le monde et séduit par son côté froid et nocturne. Las, après quelques dates (notamment une première partie de Jack White à l'Olympia) le groupe annonçait sa séparation, nourrissant d'éternels regrets chez les fans de rock n'roll. Mais pas chez le chanteur Dale Barclay, pressé de passer à autre chose tant ses relations avec les autres membres du groupe étaient devenues compliquées. Justement, Dale était de retour à Paris en ce jour de fête nationale pour présenter son nouveau projet, And Yet It Moves, le temps d'un court showcase dans le cadre intime du Studio Campus…

Vous connaissez probablement cette sensation, au bord de l'Océan lorsque l'on voit une vague se former avec un soupçon d'inquiétude, vague qui ensuite déferle, vous roue de coups sans répit avant de vous laisser sur le rivage, exsangue, le corps saoulé de coups. Bon et bien voilà, And Yet It Moves, c'est ça, une claque dans la gueule, que dis-je, un double uppercut. Un projet dont l'intensité et le côté extrême rendent intrinsèquement clivant, provoquant une adhésion, ou un rejet quasi-immédiat. De fait, l'entame du concert est effrayante de violence, limite métallique. L'engagement du groupe est total (les trois quarts sont torse-nus après quelques minutes seulement) et nous, de l'autre côte, dans la fosse, on ne peut que se féliciter, une fois de plus, d'avoir, un jour, investi dans des bouchons de protection auditive (c'est dire) ! 

Cette nouvelle formation est plus étoffée que l'était les Snakeheads naguère. On y retrouve cinq membres, guitare, basse et batterie, et, nouveauté, un clavier (trop discret cependant) apportant une note atmosphérique et dark. Contrairement au groupe précédent, Dale se concentre sur le chant, explorant encore un peu plus ses limites vocales, le résultat est à la fois plus profond mais toujours aussi braillard. Une fois le choc initial passé, on rentre un peu mieux dans l'univers du groupe loin d'être monotone, certains titres sont plus funky ou psyché mais le rendu reste intense, la basse est énorme, la batterie martèle le tempo, la guitare emporte le reste. Selon ses dires, le groupe a achevé le mixage de son premier album, la veille au soir. On est impatients de pouvoir écouter le résultat…
Facebook

The Musical Mojo of Dr John




Personnage cardinal de la Nouvelle-Orléans, forcément un endroit particulier pour tout fan de musique, Dr John s'est vu honoré en mai 2014 par ce concert géant enregistré au Saenger Theater de la ville avec toute une kyrielle de super stars (Bruce Springsteen, John Fogerty, Mavis Staples, Irma Thomas etc.). Mise en boîte par le producteur Don Was, la chose, rutilante, évoque plus Hollywood que la cité du croissant. Si l'ensemble ne manque pas de groove, ce dernier est un peu trop propre et manque de ce « grit », un peu sale typique de New Orleans. S'étalant sur deux disques, le programme est maousse et ne manque pas de bons moments. Ainsi on est touchés par la simplicité d'Irma Thomas, l'entregent guitaristique de Warren Haynes ou le psychédélisme Widespread Panic. Impossible enfin de ne pas saluer toute la communauté néo-orléanaise, présente comme à la parade, John Boutté (l'interprète du générique de la série Treme), le regretté Allen Toussaint ou la fratrie Neville. En espérant voir les images du concert un jour, on peut toujours se consoler à l'écoute de cet attachant double album.

vendredi 14 juillet 2017

Adam And The Madams : « Almost »



Le trio Adam And The Madams est de retour avec un nouvel EP placé sous l'égide de deux figures tutélaires David Bowie (cf. « Heroes ») et Lou Reed tout deux repris ici avec brio et beaucoup d'inventivité (cf. l'hallucinante reprise, 16 minutes, de « Sister Ray »), le groupe mettant un point d'honneur à respecter l'esprit plutôt que la lettre. Les quatre autres pistes mettent en valeur l'univers singulier de la formation, fait aussi bien de guitares survoltées que de bidouillages à base de claviers cheap, à équidistance de la pop bricolo que du rock garage. Adepte des détours surprenants, le groupe ajoute une note noise et quelques expérimentations bizarroïdes (« Half Life », « Spiral »). En effet, c'est un monde qui sépare la minute trente-huit de « Meia Vida » et les seize de « Sister Ray ». Comme un résumé, en forme de grand écart, des capacités du groupe, visiblement capable d'à peu près tout. Mais surtout de prendre l'auditeur par surprise. Cet EP constitue un avant-goût du troisième album de la formation qui s'annonce pour le moins étonnant.

jeudi 13 juillet 2017

Lonny Montem : « What kind of music do you play ? »


La question nous est posée dès la pochette, mais quelle genre de musique joues-tu ? Mettant l'accent sur l'acoustique à cordes, la guitare, le violon (son instrument de prédilection) ou la contrebasse, Lonny Montem accouche d'un EP (5 titres) doux et délicat comme une légère brise d'automne. C'est ainsi, il y a des disques dans lesquels on rentre comme dans un chalet de montagne, cosy, accueillant et confortable, une bûche qui brûle dans la cheminée, et, incontestablement, cet effort boisé en fait partie. Il y a tout d'abord cette acoustique délicate et chaleureuse qui procure d'emblée un sentiment d'intimité avec la musique, impression encore renforcée par la technique d'enregistrement « semi-live », un peu comme si l'auditeur était convié aux (discrètes) agapes. Et puis il y a la voix de Lonny, surprenante, descendant assez bas dans les graves et superbement utilisée le long de compositions labyrinthiques où même les excès et autres coups de chauds se passent tout en douceur (cf. « Dalva »). Un très bel EP à écouter en rêvassant…
http://www.lonnymontem.com/
https://www.facebook.com/lonnymontem

mercredi 12 juillet 2017

I love my neighbours : « Hello »


Le groupe francilien au patronyme sarcastique est de retour avec ce nouvel EP de trois titres. Plus pop que jamais, ce nouvel effort voit ILMN agrémenter ses guitares, toujours aussi furieuses (cf. « Horizons ») d'arrangements allant de l'électro (« Hello ») au piano (« Horizons »). La puissance de feu toujours intacte (« Uptight »), le quatuor évolue sur une ligne fine, en équilibre, entre rock puissant et pop mélodique, les compositions faisant l'aller-retour, entre chien et loup, entre les deux extrêmes. Le contexte sied particulièrement bien au chanteur Jérémy et à son timbre nuancé et mélodique. Vivement le passage au format long !

dimanche 9 juillet 2017

Kevin Morby : « City Music »



Toujours très prolifique, l'ancien bassiste de Woods sort son quatrième album depuis 2013. Catalogué, un peu rapidement, nouveau Bob Dylan sur la foi du merveilleux « Harlem River » (sorti en 2013), ce nouvel effort voit le chanteur élargir considérablement son rayon d'action en même temps qu'il renoue avec la ville de New York (cf. l'interlude « Flannery »), après une escapade en Californie, qui l'a vu débuter. Ce nouvel album débute donc avec une curiosité intitulée « Come to me now », un titre étrange, basé sur un motif d'orgue fantomatique et traversé, tel un courant d'air, par un chant évanescent. Bien vite, Kevin retombe sur ses pattes avec un « Crybaby » rudement bien troussé et qui n'aurait pas fait tâche sur le fameux « Harlem river » sus-cité. Le reste de l'album s'apparente à un terrain d'exploration pour le musicien qui revisite quelques figures bien connues de sa nouvelle ville d'adoption. Impossible ainsi de pas penser aux Ramones à l'écoute de la brève (1:47) « 1234 » ou de ne pas retrouver un soupçon du Velvet Underground sur le diptyque nocturne « Aboard my train/Dry your eyes », alors que les superbes « Tin can » et "Caught in my eye" nous rappellent les raisons pour lesquelles l'artiste a tant été comparé à Bob Dylan. Sentimental bien plus que nostalgique, ce nouvel effort fait montre d'une belle force de composition tout en respirant d'honnêteté. Une nouvelle pièce majeure d'une discographie qui commence à compter…
En concert à Paris (Trabendo) le 11 juillet.
https://fr-fr.facebook.com/kevinrobertmorby/
http://www.kevinmorby.com/
https://twitter.com/kevinmorby

samedi 8 juillet 2017

The Magpie Salute, La Maroquinerie, 7 juillet 2017.



Formation XXL, dix musiciens, dont la particularité est de compter dans ses rangs trois anciens membres des regrettés Black Crowes, The Magpie Salute était de passage hier soir à La Maroquinerie. La nouvelle a en tout cas fait grand bruit, la salle affiche complet, la formidable doublette de guitaristes Marc Ford / Rich Robinson (grande gagnante à l'applaudimètre) est reconstituée ! Les trois ex-Crowes, le bassiste Sven Pipien retrouvant sa place auprès du duo, se sont trouvés de nombreux compagnons, un formidable batteur, Joe Magistro, du swing plein les baguettes, un trio de chanteuses renforçant l'aspect soul du groupe (qui était déjà une composante essentielle des Crowes, remember « Hard to handle »?), un clavier (un peu effacé par moment), et le chanteur John Hogg dont le timbre rappelle légèrement celui de Chris Robinson. Alors évidemment, l'ombre des Black Crowes plane au-dessus de ce nouveau groupe, d'autant que, pour l'heure, le répertoire live présenté ce soir comporte de nombreuses reprises des corbeaux noirs. Mais pour autant, cette image est écornée, car s'il est un cousinage a rechercher pour The Magpie Salute, celui-ci serait plutôt du côté des Allman Brothers ou du, plus récent, Tedeschi Trucks Band. Soit une vision communautaire de la musique (cf. la formation XXL) favorisant les longues jams instrumentales, au mitan de la soul, du blues et du rock n'roll, et les soli de guitares, quitte à laisser les membres « vocaux » au chômage technique (et oui les maracas ça n'occupe qu'un temps !). Le tout sous l'influence des années 60 et 70, la marque de fabrique de ces musiciens depuis toujours. A ce petit jeu, ces musiciens sont des as, chacun trouvant des interstices où se glisser en douceur (mention spéciale au bassiste Sven), la musique devenant un dialogue entre instruments, quitte à laisser parfois le spectateur au bord de la route, pas toujours évident de suivre sans décrocher. Dans ce contexte le batteur Joe impressionne par sa capacité à tenir le swing intact pendant de longues minutes. Ainsi, les nouvelles versions des anciens titres des Crowes ne sont pas identiques mais complémentaires enrichies de nombreux nouveaux passages instrumentaux. Une bien belle soirée, chaude (dans tous les sens du terme) de la part d'un groupe dont on attend avec impatience des compositions originales.

mercredi 5 juillet 2017

Volin : « Volcan »



A l'image du volcan dont il empreinte le titre, cet album de Volin voit le groupe passer par différents états, de l'éruption au calme. Situé au confluent de plusieurs influences, du jazz au rock, la musique de Volin ne se départit jamais d'une certaine élégance que le rythme se fasse ternaire (« Il ne me reste ») ou que les guitares soient de sortie (« Canon »). Adepte des structures alambiquées (« Secousses ») Volin ne verse jamais dans l'excès, dans un sens comme dans l'autre, mais au contraire fond l'ensemble de ses influences dans un univers progressif, empruntant parfois à l'électro ("Citadelle"), aussi complexe que gracieux. L'album est habité d'une impressionnante tension sous-jacente, qui n'explose jamais tout à fait, même dans ses moments les plus mélodiques (« Volcan »). Et le tout dans la langue de Molière, s'il vous plaît ! Ce qui achève de faire de ce disque l'objet le plus curieux, mais le plus charmant aussi, qu'il nous ait été donné d'écouter depuis un moment. A découvrir.

mardi 4 juillet 2017

Miles Mosley : « Uprising »



La rumeur, insistante, l'annonce déjà comme « un Hendrix de la contrebasse jouant avec le groupe de Prince »… Après une liste de collaboration longue comme le bras, aussi bien en compagnie de jazzmen (Terrence Howard), que dans un univers plus rock (Jeff Beck, Chris Cornell, Joni Mitchell), le virtuose Miles Mosley sort son premier album. Et il ne faut guère plus que le premier titre (« Young Lion ») pour persuader le chroniqueur qu'on a mis l'oreille sur une pépite. Ainsi va la vie, alors que les albums insipides encombrent le bureau, on tombe un jour sur Miles Mosley, un véritable feel good record. On y retrouve bien entendu toutes les influences précitées. Un concentré de groove piochant dans la source du jazz classieux (« More than this », « Heartbreaking efforts of others »), de la soul et du funk (« L.A. won't bring you down », « Shadow of a doubt ») suivant parfois un angle très rock, guitares surpuissantes à l'appui (« Abraham », "Your only cover") le long de compositions labyrinthiques donnant le vertige aux allures de tubes en puissance. Et le tout sans jamais adopter un angle revival passéiste, mais, au contraire en adoptant une dynamique contemporaine. L'influence du hip hop, jamais citée expressément, plane au-dessus de cet album. Un must !

dimanche 2 juillet 2017

Watermelon Slim, Sunset, 01/07/2017.

(c) Xav' Alberghini

(c) Xav' Alberghini

Personnage étonnant, ayant vécu mille vies avant la musique, dont le profil nous rappelle un peu le regretté Calvin Russell, Watermelon Slim était de passage samedi soir sur la scène du Sunset. Un arrêt dans le long road trip de l'artiste (c'est un ancien camionneur) et de son groupe The Truckers (ça ne s'invente pas). La performance du soir est à l'image de l'artiste, à la fois grave (c'est un vétéran du conflit du Vietnam) et solennel lorsqu'il demande au public de se découvrir la tête, mais également plein de vie et de fantaisie. Son français particulier à base de « cordon (cordes) de guitare » y est pour beaucoup, ses anecdotes hilarantes également (« La compagnie aérienne a voulu nous vendre un siège supplémentaire pour les guitares ! »). Excellemment bien entouré (guitare, basse et batterie) Slim, tiré à quatre épingles, cravate et chapeau, alterne entre harmonica et guitare jouée à plat. La musique déborde de feeling bleu et de bonnes vibrations : dynamique quand il le faut, plus lent à d'autres moment, et plein de groove, toujours (quel batteur!). Charismatique, Slim se met le public dans la poche sans difficulté aucune qui l'applaudit à tout rompre, la cadre intimiste de la salle, ressemblant un peu à un couloir du métro en faïence, a été transformé un moment en juke joint. Fort !


samedi 1 juillet 2017

Mo Al Jaz and Friends : « The blues of Little Walter »



Tout dans la présentation de ce disque, du look rétro faisant penser à un vieux vinyle, au nom de Little Walter bien mis en évidence, peut laisser penser que l'on a affaire à une compilation consacrée au bluesman Louisianais (de fait la pochette copie celle d'un best of de 1957). Erreur. Dans le coin en haut, à droite, la petite mention « Mo Al Jaz » nous éclaire : l'album est un disque hommage concocté par le Français Mo Al Jaz et ses amis. L'effet de surprise passé, apprécions ce disque pour ce qu'il est : un album de blues de haute tenue ! Déjà, se consacrer à des reprises de Little Walter c'est s'assurer d'avoir sous la main un répertoire de qualité (« My Babe »). Pas de mauvaises surprises de ce côté là. Ni du côté de l'interprétation, le groupe ayant réussi la prouesse de retrouver le grain un peu sale de l'époque (la fin des années 1940 et le début de la décennie suivante), la patine « nocturne » et le swing « Chicago » original (« Last night »). Ainsi, l'écoute nous plonge instantanément dans un club enfumé au murs de briques rouges. L'étrangeté vient du léger accent frenchie, traînant ici et là, apportant une petite note bizarre à l'ensemble. Un excellent album mais tout de même un peu anecdotique compte-tenu du concept hommage ayant précédé sa création. Cependant, les amateurs de Little Walter ne seront pas déçus. Le disque a visiblement été enregistré avec plaisir, le même que celui ressenti par l'auditeur tout au long de ces 12 plages.  

vendredi 30 juin 2017

Grit : « Chapter II – Family Tree »



Avant la sortie de leur premier album, Grit dévoile un nouveau chapitre de son arbre généalogique. Et celui nous ramène, contre toute attente, vers plusieurs courants aux ramifications multiples. En effet la musique de Grit est multi-facettes abrasive à souhait, et vive le gros rock à guitares, mais également (power) pop en diable. S'amusant avec sa musique, le groupe saute d'une case à l'autre dans le cours de la même chanson passant d'un couplet pop à un refrain au son énorme et vice-versa. Trois titres seulement mais combien de chausse-trapes dans lesquels l'auditeur tombe à pieds joints ? On à hâte de découvrir la clef de l'énigme sur format long.

jeudi 29 juin 2017

Chuck Berry : « Chuck »



Absent des bacs depuis 1979 (qui dit mieux?) Chuck Berry, l'icône rock n'roll, travaillait sur ce nouvel album depuis les années 1980. La vie, assez mal faîte sur ce coup-là, a voulu que le guitariste disparaisse, le 18 mars dernier, avant de voir la naissance au grand jour du fruit de ses efforts. Derrière cette pochette à la fois sobre et iconique, un mot et un seul suffit pour résumer le tout : Chuck ! L'album pourrait être résumé ainsi : frais et émouvant. Frais, car à 90 ans, Chuck rocke comme au premier jour, niant la dictature des horloges, des calendriers et du temps qui, tout simplement, passe. Ainsi le disque regorge de rappels à ses œuvres passées (« Big Boys », « Lady B. Goode »). Du classique, du solide, ancré dans la tradition séculaire du rock n'roll, évidemment, mais aussi du blues (« You go to my head »). Emouvant ensuite, car l'album s'écoute comme une carte postale envoyée de l'au-delà par un artiste qui fût, pour beaucoup d'entre nous, un des pionniers par lesquels nous sommes tous tombés dans cette grande marmite envoûtante du rock n'roll (« Darlin' »). Emouvant aussi par ce que cet ultime effort voit Chuck enregistrer avec ses propres enfants (Charles Jr à la guitare, Ingrid à l'harmonica) et croiser le fer avec quelques jeunes pousses (Gary Clark Jr, Tom Morello, Nathaniel Rateliff) dans une sorte de croisement générationnel euphorisant. Un grand nom qui disparaît emporte toujours avec lui une partie de la jeunesse de son auditoire. On pourra toujours se consoler en l'espèce avec Chuck Berry qui, lui, a réussi sa sortie.

mercredi 28 juin 2017

Imelda May : « Life Love Flesh Blood »



Confrontée à l'impérieuse nécessité de renouvellement, Imelda May bouleverse tout de fond en comble sur ce nouvel album. Fini donc le rockabilly, le look de pin-up, qui la rendait tellement craquante, et le perfecto, la nouvelle Imelda est arrivée ! La première écoute de ce nouvel album désarçonne et le choc peut paraître rude de prime abord. Puis, petit à petit, la musique fait son œuvre et trouve son chemin vers le cœur de l'auditeur. Un argument de poids : Imelda chante toujours aussi bien, son timbre déborde d'émotions et charme l'oreille (« Call Me », « Black Tears »). Il est entendu qu'Imelda n'est plus aussi sauvageonne que par le passé. A la place, l'Irlandaise joue la carte du charme rétro sur un registre évoquant tour à tour Chris Isaak (« How bad can a good girl be ») ou le jazz vocal. Un peu circonspect au début, l'album remporte finalement l'adhésion grâce à une grande force de composition et une production soignée où les années 50 (« Bad Habit ») rencontre le shoegaze (« Game changer ») ! Si on se permettra de regretter un peu le mordant passé de la chanteuse et une petite dérive FM ici ou là (« The girl I used to be », "Human") force est de constater que l'on a connu des reconversions bien moins réussies que celle-ci.

dimanche 25 juin 2017

Garland Jeffreys, New Morning, 23/06/2017.



Toujours la pèche Garland Jeffreys ! Le concert débute sur les chapeaux de roues avec un « Coney Island winter » survolté (guitare énorme) suivi du blues « Til' John Lee Hooker calls me » et de la récente « Reggae on Broadway ». En trois titres, le natif de Brooklyn, et son excellent quartet (guitare, basse, batterie et clavier) nous a livré la quintessence de son art, là où la puissance du rock n'roll rencontre le feeling du blues et le groove du reggae. Chanteur passionné, Garland n'a cessé de multiplier les acrobaties durant son set, allongé sur le dos, à quatre pattes sur scène, on l'aura vu sous toutes les coutures ! Autant d'occasion de multiplier les contacts avec le public, à la recherche de cette chaleur humaine, qui se révèle être le véritable moteur de sa musique au même titre que l'amitié : Elliott Murphy (à la guitare électrique, une curiosité) viendra ainsi faire un coucou le temps d'une reprise de son propre titre « Diamonds by the yard ». Toujours charismatique, qu'il saute à pieds joints ou se ballade dans la fosse le micro en main, Garland a, à maintes reprises, transformé son set en happening/performance où l'émotion prend le dessus. Ainsi, « New York skyline » s'est métamorphosée en cri d'amour pour sa ville natale doublée d'une gueulante contre la Trump Tower (« réduisez-là en cendres ! ») et, à ce titre, il est impossible de passer sous silence sa déchirante version de «Help » (The Beatles). Garland a finalement quitté la scène épuisé avant que son groupe ne prenne le contrôle des opérations et lance « 96 tears » (reprise de Question Mark and the Mysterians) : « Ils vont me tuer » clame le chanteur ! Mains accro à l'exercice et dopé à l'adrénaline, Garland restera seul sur scène un long moment pour évoquer son amitié avec Antoine de Caunes (présent dans le public) avant qu'il ne se fasse finalement exfiltrer de la scène par son épouse, aidé du célèbre présentateur sus-mentionné, clôturant ainsi une chaleureuse soirée placée sous le signe du meilleur de la musique étasunienne.

jeudi 22 juin 2017

Dérapage, Galerie L'oeil ouvert, 21 juin 2017.



Souvent mon entourage tombe des nues lorsque j'avoue à demi-mot que je n'aime pas spécialement la fête de la musique. Déjà, je n'ai pas besoin d'attendre le 21 juin pour aller voir des concerts ce qui, en gros, constitue mon quotidien depuis quelques années. Ensuite après bien des années, je reste traumatisé par quelques mauvaises expériences, Bernard et son accordéon par exemple avec tout le respect que je lui dois, ou cette fois où j'ai bien crû mourir écrasé par la foule Place de la République. Mais cette année, j'ai trouvé une bonne raison de me réconcilier avec le concept. Déjà Chuck Sperry et ses magnifiques sérigraphies, inspirées par le mouvement psychédélique et les années 1960 sont de retour en ville et c'est déjà une magnifique nouvelle en soi. Ensuite profitant de la proximité de dates de cette nouvelle exposition avec la fête de la musique, la galerie l’œil ouvert a saisi la balle au bond organisant un concert gratuit avec les zinzins de Dérapage.

Dérapage, le nom fleure bon la gomme brûlée sur le bitume et promet un sacré bon moment de rock n'roll puissant et caréné comme un hot rod. Et, de fait, le trio survolté tient toute ses promesses ! A mi-chemin du rock garage façon Stooges et du punk, mené de main de maître par le batteur frappant ses peaux comme un maniaque appuyant à fond sur l'accélérateur, le groupe fait sensation sur un bout de trottoir de la rue du Château d'eau, transformant ce dernier en terrain d'expérimentation quasi-sociologique et hilarante, prouvant à quel point ce style de rock n'roll primal, et que l'on adore sur cette page, n'est toujours pas entré dans les mœurs de notre beau pays (et arrivé à ce point on peut conclure que cela ne sera probablement jamais le cas).

Donc, le set venait à peine de commencer, le trio attaquant sa première chanson, qu'un intrus, d'un age certain, probablement riverain et fort contrit, en polo bleu, se présentait devant le groupe demandant que l'on baisse le son avec force gestes. S'en suivit une hallucinante palabre durant de longues minutes :

- Fred (le chanteur) : Ca va être pénible mais dans dix minutes c'est fini !
- L'homme en polo bleu (tout sourire) : C'est vrai ?
- Fred : Non !

Et l'homme de s'en aller, haussant les épaules, sur un tonitruant et définitif « Connard » ! Avec Chuck, on est morts de rire ! C'est ensuite, une Dame, une baguette sous le bras, qui passe devant le groupe, les yeux écarquillés et absolument pas rassurée, mais que se passe-t-il, qui sont ces gens, est-ce dangereux ? Par la suite, un chien a absolument pété les plombs, excité par le déluge de décibels, aboyant à tout rompre après le trio, tirant sur une laisse que son propriétaire avait toutes les peines du monde à retenir. Et pour finir le groupe a reçu les applaudissements d'éboueurs perchés sur leur camion à ordures ce qui nous a valu ce trait d'humour de la part du groupe : « Ah tiens voilà le van avec notre matos ! » Pour en revenir à Dérapage, un seul détail suffira pour vous éclairer sur le niveau (élevé) de coolitude du groupe : deux cordes de guitare cassées (sur deux instruments différents) en un peu plus d'une demi-heure ! Et ouais mon pote, c'est ça le rock n'roll !

Exposition Summer of Love by Chuck Sperry
Jusqu'au 15 juillet 2017
Galerie L’œil ouvert
1, rue Lucien Sampaix 75010 Paris
Métro République / Jacques Bonsergent
http://www.loeilouvert.com/

mardi 20 juin 2017

Le dernier vice-roi des Indes de Gurinder ChadHa.



1947. L'Angleterre s'apprête à quitter les Indes après 300 ans de présence. Connu sous le nom de « Partition », le processus donnera naissance au Pakistan, crise migratoire (14 millions de personnes déplacées) et situations ubuesques (comment diviser une encyclopédie ? Quid de l'argenterie?) à la clef. Dans ce contexte, Lord Mountbatten, accompagné de sa famille, s'installe dans le Palais Royal. Il sera le dernier vice-roi des Indes, en charge de gérer cette délicate transition historique…

La réalisatrice Gurinder ChadHa, connue pour quelques hits (« Joue la comme Beckham », « Coup de foudre à Bollywood ») est de retour avec ce projet hautement personnel, visant à renouer avec le concept de grande fresque historique. Situant la quasi-totalité de son intrigue entre les murs de la Viceroy's House et mêlant drame historique (le métrage est ponctué de nombreuses images d'archives) et destins personnels, à l'image du personnage d'Aalia tiraillée entre deux amours, la réalisatrice obtient un résultat bien différent, entrant étrangement en collusion avec l'actualité récente (cf. la crise migratoire) illustrant aussi bien les décisions prises par les dignitaires du haut et ses conséquences directes sur les employés du Palais. Manquant parfois de souffle et pas toujours très lisible, le film brille surtout par le faste de sa production (le décor magnifique du Palais, les costumes) et ses interprètes (citons entre autres Gillian Anderson, Hugh Bonneville), tous excellents.

Sortie le 5 juillet.