dimanche 15 octobre 2017

Trupa Trupa : « Jolly new songs »



Sortie après sortie, l'itinéraire de Trupa Trupa s'apparente à un conte de fée pop et contemporain. Il y a deux ans de cela, Trupa Trupa était inconnu au bataillon, cantonné à sa ville de Gdsank (Pologne). Et puis par chance, hasard, accident ou sérendipité, leur excellent album « Headache » est sorti chez nous faisant sensation dans le petit cercle pop indé. Ce nouvel effort sort dans un contexte différent. « Headache » nous a pris par surprise. Maintenant le groupe est attendu. Et le gant est relevé, haut la main. D'emblée le groupe nous semble plus audacieux, bâtissant des structures musicales complexes et alambiquées (« Against breaking heart of a breaking heart beauty ») œuvre d'une formation sans œillères et n'ayant pas froid aux yeux. Et on n'est alors pas loin de penser que le groupe a habilement intégré les influences psychédéliques et progressives à son œuvre (« Love supreme » sans aucun rapport avec John Coltrane). Mais l'album frappe fort en conciliant les contraires. Il y a tout d'abord cette évidence mélodique, cette ligne claire qui surplombe l'album (« Coffin », « Mist », « None of us », « Only good weather ») et condense quarante années de pop. Assumant la prise de risque jusqu'au bout, le quatuor polonais prend ensuite un malin plaisir à pervertir ses propres compositions par le biais d'une guitare bien sentie, d'un virage musical aussi surprenant qu'habilement négocié ou d'une irrésistible et impressionnante montée en pression (l'incroyable « Jolly new songs », « Never forget »). Désarçonné, l'auditeur ne sait plus trop à quel saint se vouer avant de se laisser prendre au piège de cette pop aussi vicieuse que vénéneuse. Brillant.
Sortie le 27/10.
En concert le 27/10 à Nantes (Festival Soy) et le 28/10 à Vendôme (Rockomotives)

https://trupatrupa.bandcamp.com/
https://fr-fr.facebook.com/trupatrupa/
http://www.trupatrupa.com/


samedi 14 octobre 2017

Manolo Redondo : « Helmet On »



Voilà un album qui, dans un monde parfait, devrait faire l'unanimité et truster durablement les ondes. Mais, ne rêvons pas, rien de ceci n'arrivera et c'est bien dommage… A défaut d'entrer en « rotation lourde » sur les ondes FM, le disque restera en « rotation continue » sur notre platine. Et il y a d'excellentes raisons à cela. Pour commencer, la facture même de l'album qui s'apparente à une sacrée collection de chansons. Voilà, dit comme ça c'est tout bête et cela n'a l'air de rien mais c'est énorme. Depuis quand n'avez-vous pas accroché à une mélodie dès la première écoute ? L'album s'apparente ainsi à un travail soigné, bien produit, bien écrit, les mélodies accrochent l'oreille avec insistance (« Lo is the new hi ») et l'acoustique chaleureuse déployée ici transporte l'auditeur. En effet, la base de tout reste en l'espèce le folk et les guitares acoustiques délicatement arpégées (« Des Incas et des Khmers »). Mais l'album brasse large et convoque une foule d'influences insoupçonnées et que l'on imaginait incompatibles. On pense ainsi tour à tour à The Cure (« Best kept secret ») à Nada Surf pour cette façon toute personnelle de maîtriser l'électricité dans une sorte de violence paradoxalement douce (la coda d' « Alpinisme » ; car notre homme a aussi le bon goût de chanter parfois en français) voire même à une étrange connexion entre Nick Drake et Chris Isaak quand Manolo laisse exprimer son timbre de crooner (« Ten thousand days »). Un spectre d'influences large et pourtant rendu parfaitement cohérent grâce à un magnifique travail de « mise en sons ». Autour de la voix et de la guitare, c'est une multitude de détails que l'on découvre au fil des écoutes successives, ces synthés discrètement cold wave, ces bizarreries quasi psychédéliques qui déboulent sans crier gare (« Bigger Blow »), ces guitares électrifiées avec une justesse rare et cette rythmique débordante de feeling (« Lentement »). Il ne faut guère plus d'une écoute pour entrer de plein pied dans l'univers de Manolo Redondo qui possède cet art rare de stimuler l'imagination de l'auditeur. La marque des grands disques.

Sortie le 27 octobre.
https://fr-fr.facebook.com/ManoloRedondoMusic/
https://manoloredondo.wordpress.com/

jeudi 12 octobre 2017

Musiques Volantes #22


La 22ème édition du festival est placée sous le signe des monstres... Du 10 au 23 novembre à Metz et au-delà (Nantes, Luxembourg, Paris, Montreuil. Soirée de lancement le 19/10 à la REcyclerie (entrée libre).

mercredi 11 octobre 2017

Bill Charlap Trio : « Uptown, Downtown »



Accompagné de la doublette Peter (contrebasse) et Kenny (batterie) Washington (sans lien de parenté apparemment) le pianiste fait les beaux jours (ou plutôt les soirs) du Village Vanguard, le fameux jazz club new-yorkais. Rien d'étonnant dès lors que l'écoute de ce nouvel album nous projette dans le confort douillet d'un club, aux murs de briques rouges, dans un sous-sol enfumé. Installons-nous sur la banquette et laissons Charlap, le Maestro, nous guider derrière son clavier, tant les émotions affluent à l'écoute de ce nouveau disque. Séduisante, la musique du trio l'est assurément. A ce titre le morceau d'ouverture « Spring can really hang you up the most » est remarquable de rondeur et de délicatesse. Comme le reste de l'album qui n'oublie cependant pas de faire la part belle au swing sautillant, subtil et élégant (« Curtains », « Uptown, Downtown »), le tout dans un remarquable ascenseur émotionnel et délicat, les doigts glissant sur les touches d'ivoire. Du travail d'orfèvre, classique et facile d'accès, mais surtout soigné et solide, faisant son miel du Great American Songbook.

https://www.billcharlap.com/
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lundi 9 octobre 2017

Big Junior : « Osiris »



Deuxième EP pour le groupe lyonnais qui nous invite à un sacré cocktail musical qu'il nomme eux-même la « Hip Wave ». Bien évidemment c'est l'influence hip-hop qui saute aux oreilles notamment grâce à un flow coulé et mélodique (« Jump zone », « Osiris »). Mais, c'est lorsqu'ils se décident à chanter (« Born to cry ») que Big Junior nous étonne faisant preuve d'un étonnant éclectisme, tout comme la musique qui, sans négliger le beat hip hop, fait la part belle aux mélodies chassant sur le terrain de la pop électro parfois mu par une énergie rock (« Shoot to breeze »). On regrette toutefois l'orientation ostensiblement dance de l'ensemble qui nous empêche d'adhérer totalement au projet.

http://bigjunior.fr/
https://fr-fr.facebook.com/bigjuniorofficiel/








jeudi 5 octobre 2017

George Thorogood : « Party of one »



Connu, depuis les années 1970, pour son blues très musclé et finalement assez proche du rock n'roll, "Bad to the bone" comme il le disait autrefois, George Thorogood surprend son monde avec ce nouvel album en solo intégral. L'exercice n' a rien d'évident. Sur un mode introspectif, George Thorogood revisite son histoire musicale et reprend des titres qui l'ont touché, ont parfois été autant d'éléments déclencheurs, avec pour seul accompagnement une guitare, un harmonica et quelques percussions. Une belle occasion de rendre hommage à ses aînés saisie au vol. Mais solo ne signifie aucunement acoustique, ni répétitif. Au contraire, en alternant acoustique et électricité, même seul, Thorogood livre un effort aux nuances variées, rendant ainsi hommage aux différentes tendances qui, mises bout à bout, font le blues. Outre le bon goût affiché (Robert Johnson, Willie Dixon, Johnny Cash, Dylan, les Stones) l'occasion est riche pour nous de découvrir l'artiste sous un jour nouveau, plus intime, et de (re)découvrir des classiques (cf. « One bourbon, one scotch, one beer ») qui ont fait sa gloire sous un angle différent. Attachant.

https://www.georgethorogood.com/
https://www.facebook.com/georgethorogood/

mercredi 4 octobre 2017

Expo Pop Collection

(c) Javier Mayoral courtesy Arts Factory

Voici une exposition que l'on attend avec impatience et une curiosité grandissante. Du 11 octobre au 17 novembre la galerie Arts Factory accueille 80 artistes et 300 œuvres dans un grand croisement des genres, des icônes de la musique aux affiches détournées de cinéma d'improbables séries B. Le tout formant un panorama à 360° de la culture pop. Alléchant et immanquable !

Vernissage le 10/10 de 17h à 21h.
Du 11/10 au 17/11 
Galerie Arts Factory
27 rue de Charonne - 75011 Paris
www.artsfactory.net


(c) Kata Billups courtesy Arts Factory – « elvis and the beatles », 2001
acrylique sur toile – 60 x 45 cm



(c) E.A. Heavy courtesy Arts Factory – « blood of jesus », 2001
affiche peinte sur sac de toile (ghana) – 150 x 100 cm







Nico Duportal & His Rhythm Dudes : « Dealing with my blues »



Et là, alors que l'on pousse la touche play et que la musique commence à résonner, on se dit que vraiment quelque chose ne tourne pas rond et que, dans le fond, cela devient assez désespérant. Non pas que le nouvel album de Nico nous file le cafard, loin s'en faut ! Simplement, ce nouvel effort nous rappelle qu'il se passe des choses fantastiques dans ce pays, dans un assourdissant silence médiatique. Car, oui ce nouveau disque est formidable et personne (ou presque) n'en parle. Tout est finalement dans le titre, « Dealing with my blues » nous aide définitivement à gérer le notre (de blues). Blues donc, mais pas que, Nico a eu la riche idée d'infuser une dose de rockabilly dans sa note bleue. On adore le jump général de la chose, le swing rond de la contrebasse, les cuivres de bon aloi et l'orgue pour la touche gospel et soulful. Et puis il y a la beauté brute et sèche de la chose, ces guitares balancées sans fioritures excessives et la voix éraillée (notez bien la petite brisure soul dans le fond de la gorge) qui se fond parfaitement dans le tout. La tonalité d'ensemble est rétro et baigne dans un ambiance délicieusement 50s, mais il nous semble bien plus important de souligner la fraîcheur de la musique plutôt que son côté vintage, même si ce dernier participe pleinement au charme dégagé par le disque. Un album qui donne la pèche ! 

http://www.nicoduportal.com/
https://fr-fr.facebook.com/Nico-Duportal-his-rhythm-dudes-224237994269268/

dimanche 1 octobre 2017

Lux : « Super 8 »



On l'attendait depuis longtemps, le voilà, le premier album de Lux, au contenu totalement original, sans aucun titre repris de leur premier EP, saluons l'effort pour commencer. Lux rêve donc en super 8 ainsi que semble l'indiquer le titre. Pour continuer dans la métaphore cinématographique, « Super 8 » (l'album) ressemble à ces petits films indépendants US, que l'on affectionnait tant dans les années 1990. Pas de gros moyens mais fait avec beaucoup de cœur, voire d'amour, et dégageant un charme certain dès la première écoute. Rien que du très classique cependant, des guitares (folk ou électriques), une voix, la basse et la batterie. Sans rechercher à tout prix à participer à la course à l’échalote du vintage, on sent bien que les musiciens ont baigné dans cette culture rock des années 1960 et 1970, un certain sens du classicisme qu'ils interprètent à leur tour. Le tout est assez sage, les décibels sont maîtrisées (« Damaged », « While waiting »), mais cela leur convient particulièrement bien. La voix ronde et mélodique de la chanteuse Angela Randall brille de mille feux alors que Sylvain Laforge, à la guitare, maîtrise son sujet. Pas d'effets de manche superflus, pas de saturation assommante, Lux se fait fort de remettre au goût du jour des notions telles que la mélodie et le songwriting. Le guitariste en particulier brille dans ce contexte, mettant sa virtuosité au service de la chanson et non l'inverse (« Rough Translation », « Island ») alors que Julien Boisseau (basse) et Franck Ballier (batterie) offrent une assise rythmique solide, feutrée à l'occasion ou groovy sans ostentation. Il en résulte un album sonnant comme un classique immédiat, pensé pour durer et être réécouté (pas la moindre des qualités à l'époque du streaming jetable) au charme évident. Pas la grande révolution mais un album très soigné, produit au millimètre et intrinsèquement attachant. Voilà un disque qui ravira tous les fans du classic rock. On y reviendra, ça c'est sur…

Sortie le 6 octobre.