mardi 14 novembre 2017

Ëda



Deux grains de beauté symétriques, qui prennent la forme d'un tréma rajouté sur la première lettre de ses initiales, comme un symbole de la dualité culturelle. Deux petits points qui résume la trajectoire artistique d'Ëda, aka Eléonore Diaz Arbelaez, qui a grandi entre deux cultures, la France d'un côté, la Colombie de l'autre. Dès lors, rien d'étonnant à ce que l'artiste navigue constamment entre deux eaux. Sur ce premier EP, on retrouve à la fois la chaleur organique de la contrebasse (cf. « Paso, paso »), le swing exotique des percussions (« Manicomio »), mélangées à des sonorités électro-pop concoctées par Anthony Winzenrieth (Flawd). Chanté en espagnol, le disque réinvente ainsi la musique latine, lui donnant des airs psychédéliques modernes à l'image de sa pochette bigarée. Un beau voyage en sons.
En concert (Release Party) le 14/12 à Paris (FGO-Barbara)
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lundi 13 novembre 2017

We are the line : « Through The Crack »



L'autre jour, lors d'une de mes pérégrinations nocturnes, en route vers un concert tardif, on me présente un mec et la discussion s'engage :

- Tu aimes Nine Inch Nails ?

- Moi : Oui, beaucoup

- Depeche Mode ?

- Beaucoup également. Depuis longtemps.

- Bon je te passe le cd de mon groupe alors…

We are the line…

Il semblerait donc que nous soyons en présence d'une ligne. Celle, imaginaire, reliant les années 80 et le futur, l'ombre et la lumière. Passée l'intro instrumentale vaporeuse de « Through the crack », la machine s'emballe brutalement, dans une magnifique transition, et les choses sérieuses débutent avec « A Cold Place » qui, effectivement, rappelle DM. En particulier cette électro sombre et minimale telle que les Anglais la pratiquait à l'époque d' « Exciter », il y a une bonne quinzaine d'années de cela. Mais réduire le groupe parisien a une succédané depeche modesque serait bien trop réducteur. La ligne excelle dans ces ambiances froides, teintées de mystère (« Our last sight ») et ménage ses effets avec ingéniosité. Le disque est particulièrement bien équilibré. Chaque élément est à sa place ni plus, ni moins. La chose peut paraître paradoxale, mais en évitant de trop charger la production, le groupe redonne toute sa place au silence. « Through the crack » est donc un disque où on respire et où l'imagination de l'auditeur travaille parce qu'il y a justement de l'espace pour. Et ça fait du bien. L'EP est suffisamment soigné pour penser que le disque est le fruit d'une longue maturation. Pourtant la proposition musicale manque encore un peu de personnalité et l'influence de DM plane un peu trop au-dessus de ces cinq titres (au niveau du chant notamment). Ne manque plus qu'au groupe de s'éloigner de cette ombre envahissante pour exploiter pleinement son potentiel. Néanmoins, ces 20 minutes inaugurales sont une belle promesse pour l'avenir. On attend la suite avec curiosité et impatience…

http://www.wearetheline.org/fr/
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dimanche 12 novembre 2017

Tania Stavreva : « Rhythmic Movement »



Une musicienne et son piano. Sur le papier l'équation paraît simple et pourtant… Plus encore que son piano, c'est sa personnalité que nous donne à écouter Tania Stavreva sur cet ébouriffant album. Et cette dernière est beaucoup plus riche que le simple postulat de départ pouvait le laisser imaginer. Sur les 14 plages composant le disque, la musicienne fait véritablement corps avec son instrument en tirant des sons parfois incroyablement puissants mais aussi, à l'inverse, d'une infinie délicatesse. Il faut ainsi, en plusieurs occasions, véritablement tendre l'oreille pour saisir toute la richesse de la musique. On se prend ainsi à rêver, imaginant la musicienne effleurant les touches d'ivoire dans un geste délicatement féminin (« White Lies for Lomax »). Comme le titre l'indique, tout est ici affaire de rythme, échevelé ou alangui, mais toujours juste et qui redonne sa juste place au silence qui semble habiller les compositions leur donnant ainsi une profondeur faisant bien souvent défaut aux productions contemporaines (l'inquiétante « The Dark Side of the Sun »). Piochant dans le répertoire de trois continents différents, notre vieille Europe (centrale ou de l'est), l'Amérique Latine ou du Nord, la New-Yorkaise nous livre un disque extrêmement riche, inventif, fort d'une multitude de dimensions différentes à la fois classique et légèrement rétro mais aussi mu par une dynamique tout à fait contemporaine. Existe-t-il une touche du piano qui n'ai été jouée par la musicienne sur ce disque ? On n'ose imaginer les heures de dur labeur et de répétitions pour arriver à un tel résultat. On espère la voir un jour sur scène…

Disponible sur le site de l'artiste et sur cd baby


samedi 11 novembre 2017

The Amazing Keystone Big Band : « Django extended »



Big Band, à géométrie variable, composé de 17 musiciens, The Amazing Keystone Big Band fait régulièrement le lien entre classique et jazz ce qui a donné ces dernières d'étonnantes relectures des œuvres de Prokofiev (« Pierre et le loup et le jazz ») ou Camille Saint-Saens (« Le carnaval jazz des animaux »). C'est d'ailleurs lors d'une représentation de ce dernier projet, au Parc Floral en Août 2016, que l'on avait eu vent pour la première fois de ce nouveau projet autour de l’œuvre de Django Reinhardt. Le grand mérite de ce nouvel album est de propulser la musique du guitariste manouche dans une autre dimension, celle du big band et des cuivres. Qui dit jazz manouche dit guitare (forcément!), violon, contrebasse ; un jazz sec et nerveux, souvent ultra-rapide. Bien loin de la luxuriance d'un groupe étendu et de la puissance dégagée par ses vents. Ainsi l'album se révèle très varié, nous réserve quelques belles parties d'une guitare virtuose (cf. « Djangology ») Thomas Dutronc est de la partie, et quelques moments down-tempo (« Troublant Boléro ») ; la version proposée du tube « Nuages » proposant une belle synthèse de la démarche du groupe, des cuivres totalement free prenant le relais d'un violon attendu (et joué pour l'occasion par Didier Lockwood). Et puis, sur une grande partie du disque, les instruments à cordes typiques du jazz manouche sont totalement absents propulsant les compositions archi-connues et rabâchées (« Minor Swing ») dans un territoire totalement inconnu. A noter enfin « Rythme Futur », une composition assez obscure du guitariste exhumée pour l'occasion et livrée dans une version abstraite et baroque. 

En concert à Paris (Salle Pleyel) le 10 mars 2018.
https://www.keystonebigband.com/
https://fr-fr.facebook.com/keystonebigband/



lundi 6 novembre 2017

Lonny Montem et Guillaume Charret : « Tara »



Pour le nouvel épisode de ses aventures Lonny Montem s'est accoquinée avec Guillaume Charret (Yules). Le duo s'est échappé à Tara, une maison de campagne pour y enregistrer les sept titres de ce copieux EP, quasiment un album. En totale communion avec la Nature (cf. « Woman now ») le duo accouche d'un disque délicat, mélodique et boisé, entretenant un climat propice à la rêverie. On se laisse bercer par les arpèges délicats de la guitare et on se prend à rêver. On imagine un coin, un peu paumé, encadré par les arbres et les herbes hautes, de la rocaille blanche poussiéreuse et beaucoup de verdure. Dans ce contexte, la voix de Lonny trouve son habitat naturel, légère comme une plume (cf. les chuchotements de « Burning bridges »), où pointe une note gutturale, utilisée à bon escient lorsque l'intensité monte (cf. « Please, look after me ») et que les cordes de la guitare folk se font marteler un peu plus violemment. Pensés avec soin, les arrangements baroques (glockenspiel, melodica, body rhythm, les mystérieuses « furniture from the house ») entretiennent cette sensation de légèreté onirique alors que le banjo et le violon apportent un contrepoint country mélancolique beaucoup plus terre à terre, permettant à l'ensemble de trouver son délicat équilibre. Enfin les deux reprises chipées chez James Taylor (« You can close your eyes ») et Paul Simon (« Old friends ») rappellent l'ancrage seventies de la chose, où les voix de deux protagonistes s'emboîtent merveilleusement, touchant du bout des doigts une sorte de perfection vocale. L'auditeur est touché en plein cœur. 

En concert à Paris le 29/11 (L'International).


dimanche 5 novembre 2017

Gary Numan : « Savage : songs from a broken world»



Vingt-deuxième album pour Gary Numan ! Le vétéran de la scène industrielle est de retour avec un nouvel effort écrit au moment où Donald Trump était élu. Le Président des Etats-Unis et, surtout, son discours climato-sceptique a eu une grande influence sur l'artiste. Visiblement tourneboulé, Numan en a sorti un album dystopique, décrivant une planète devenue un désert de sable, où, sans la technologie tombée en désuétude, l'homme revient à sa nature primale, l'eau devenant dans ce contexte apocalyptique le bien le plus précieux. Force est de constater que Numan a parfaitement mis ses angoisses en musiques en un album nerveux et tendu évoluant sur le fil du rasoir. Les synthés traduisant parfaitement cette sensation de fin du monde («The end of things », « And it all began with you », "Mercy") alors que les guitares laissent exploser toute la violence sous-jacente et contenue en de brusques montées de décibels (cf « When the world comes apart »). Nine Inch Nails n'est jamais bien loin (comme d'habitude). Mais le plus impressionnant reste la voix étranglée de Numan qui laisse transparaître tout le désarroi qui est le sien (cf. « My name is ruin »). Ainsi, l'album ressemble à une crise d'angoisse qui va crescendo jusqu'à l'explosion finale. George Miller (« Mad Max ») tirerait probablement un chef d’œuvre de cet album particulièrement cinématographique. Numan est comme le bon vin, il vieillit plutôt (très) bien. Cette nouvelle réussite en est la preuve éclatante.
https://garynuman.com/
https://www.facebook.com/GaryNumanOfficial
https://twitter.com/numanofficial



samedi 4 novembre 2017

JD McPherson : « Undivided heart and soul »



Apparu sur les radars en 2010, JD McPherson, s'impose, album après album, comme un des plus précieux songwriter de son époque. Ce nouveau disque, le troisième, voit le natif de l'Oklahoma franchir un nouveau cap. Cet album a été enregistré dans des conditions particulières à Nashville (son nouveau lieu de résidence) au légendaire Studio B de RCA, fréquenté jadis par Dolly Parton ou Elvis en personne. Le lieu étant un musée durant la journée, l'intégralité de l'album a été enregistré de nuit et cela s'entend. Dès les premières notes de « Desperate love », l'auditeur tombe dans une faille temporelle, là où brillent les phares d'énormes Cadillacs chromées, toutes droites sorties des années 50. Nashville oblige, le disque respire le terroir et la tradition country et rock n'roll des années 50 matinées d'influences pop (« Hunting for sugar », « On the lips ») que l'on jurerait inédites depuis l'époque. Mais réduire le disque à une série de clichés sortis des années 1950 serait une profonde erreur tant la dynamique qui anime l'ensemble semble contemporaine. Ainsi la rugosité des guitares est mise au service d'un répertoire influencé par des choses beaucoup plus récentes (« On the lips », « Style (is a loosing game ) »). En enregistrant à Nashville, McPherson a probablement réalisé un rêve de gosse. Mais le plus beau est qu'il ait réussi a élever son niveau d'écriture à ce cadre exceptionnel. Résultat le disque aligne les perles les unes après les autres (« Lucky penny », « Undivided heart and soul », « Bloodhound rock »…) comme à la parade. Ni rétro, ni passéiste, juste intemporel et c'est énorme. Le changement d'air lui a fait du bien. On attend avec impatience la déclinaison scénique de l'album ! 



mercredi 1 novembre 2017

Date with Elvis, Silencio, 31 octobre 2017.


Pour sa première date parisienne de la tournée, dans le cadre intime du Silencio (de moins en moins à la hauteur de sa réputation (cf. le plafond qui se casse la gueule, les marches qui s'effritent, le sol tout abîmé) les Marseillais Date with Elvis ont laissé une impression plutôt mitigée. On avait adoré l'album (cf. la chronique) on est plus circonspect sur la déclinaison scénique de ce dernier. Le duo a donné l'impression tout le set de se débattre avec son répertoire. Erreurs de manipulation du clavier, accélération subite du tempo entraînant un décalage, chant pas toujours maîtrisé, le duo a semblé improviser avec les difficultés toute la soirée sans jamais donner l'impression de se départir de cette sensation de sourdine qui a enrobé la musique. Et pourtant le potentiel est là, l'univers du groupe et cette confrontation entre claviers cold wave et guitare blues et roots est passionnante à écouter. Aussi, le concert fût brillant mais par intermittence seulement. Le tout dans le cadre relativement froid du fameux club privé où se croise la hype venue de tous les horizons.

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