mardi 16 janvier 2018

Useless : « Neglect »



Si nombreuses sont les formations à chercher l'inspiration dans le triangle d'or de la fin des années 60 et du début des années 1970, Useless déplace le curseur deux décennies plus avant. Vocaux écorchés, un soupçon d'expérimentation lo-fi dans le traitement des guitares, savamment saturées il va de soit, le groupe suisse se pose en digne héritier des années grunge et noise. Cependant, le contenu est tellement frais et enlevé que l'on ne saurait réduire l'EP (5 titres) à cet angle nostalgique, fort plaisant par ailleurs. Produit et écrit avec soin, joué avec autorité (cf. les circonvolutions de « Dreamer », l'intro à cappella de « Cerebral coma ») cet EP constitue de bien beaux débuts marqués d'un sceau intemporel. Une prometteuse et belle découverte.

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lundi 15 janvier 2018

Pumarosa : « Piano sessions »



Les excellents Pumarosa (ou plus exactement la chanteuse de) sont de retour avec cet étonnant EP (disponible en digital uniquement). La chose nous surprend par sa nature minimaliste, une voix, un piano et c'est tout, étonnante pour un groupe ayant construit sa musique sur sa sophistication, un habile mélange des genres et un dynamique impulsée par la section rythmique (par nature absente de ce projet-ci). Ceci étant posé, maintenant, que penser de ces trois titres. Le fait est qu'il est maintenant nécessaire pour les groupes d'alimenter la machine digitale/numérique par tous les moyens possibles, d'où l'incessante inflation de vidéos et autres sessions acoustiques en tout genre. Il ne fait guère de doute que cet EP répond, mais avec talent, à cette problématique. Maintenant il est toujours intéressant d'écouter ces versions dépouillées. Car une bonne chanson se doit de tenir la route avec un simple piano et une voix. A ce titre, la superbe « Priestess » est toujours aussi hypnotique même réduite de moitié. Au fil des titres, une certaine vérité se dégage dans la voix d'Isabel Munoz Newsome. Pas question de se planquer derrière des artifices de production, un trafiquage quelconque ou un son à la mode. Non, il s'agît de jouer cartes sur table et de se sortir les tripes, là, tout de suite, maintenant. C'est, dans le fond, assez émouvant.

En concert le 17/01 à Paris (Point Ephémère)
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samedi 13 janvier 2018

Mike Brookfield : « Brookfield »



Après avoir arpenté, sa guitare sous le bras, les clubs de jazz de New-York, les comédies musicales du West End et s'être consacré à l'enseignement, via une chaine Youtube, Mike Brookfield trouve le chemin du studio, celui qui aurait dû être le sien depuis le début. Le visage taillé à la serpe, le musicien sort un album à son image, brut, parfois dur (« Zombie craze »), sans concession aucune. C'est surtout un disque comme on en fait encore rarement, celui d'un musicien virtuose mettant sa dextérité au service d'un répertoire de haute volée (« Beaten to death by the blues », "Hi class shoes", "Gun crime"). Un disque d'un autre époque comme en faisaient les grands anciens, les Clapton, Hendrix, Jeff Beck ou les mésestimés Robin Trower et Jessie Ed Davis. Car il va sans dire que notre homme connaît ses classiques et ce n'est certainement pas un hasard si son album débute avec un titre intitulé « A message for Willie Johnson ». Ce nouvel effort, Mike Brookfield l'a conçu en petit comité avec l'aide du parolier Eamon Carr et du batteur Andrew Lavery, Brookfield se chargeant de tout le reste, histoire d'assurer la pérennité de sa vision. Un album hautement personnel, où la variété des climats et des ambiances trouve une unité dans le flot délié de la six cordes, avec deux balises en guise de repères : le blues (dans une version très électrifiée, quasi électrocutée) et le classic rock, une poussée de fièvre hard rock, les potentiomètres dans le rouge, pour pimenter la chose. L'album sent la transpiration, le duo de musiciens bataillant avec ses instruments jusqu'au petit matin, les cordes et les amplis triturés jusqu'à leur dernier souffle. 

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mardi 9 janvier 2018

Festival au fil des Voix du 29/01 au 14/02


Comme chaque année, l'ouverture culturelle du Festival au Fil des Voix permet de commencer l'année de bien belle façon dans le cadre intime de l'Alhambra. Un coup de cœur en vue cette année pour le trio blues/rock Delgrès (le 29/01), originaire des Antilles et dans l'esprit de la Nouvelle-Orléans...

Zombie Zombie le 2 février au Palais de la Porte Dorée



Zombie Zombie commence l'année par un concert dans un cadre inhabituel : le Palais de la Porte Dorée...


PALAIS DE LA PORTE DORÉE / CONCERT / ZOMBIE ZOMBIE from ROCKII films on Vimeo.

lundi 8 janvier 2018

R. Missing : « Unsummering »



Premier mini album pour ce mystérieux duo venu de New-York. Si l'on en croit leur biographie, les deux membres du groupe, le musicien Toppy et la chanteuse Sharon Shy viennent tous les deux de la scène rock indépendante. Et cela s'entend sur les six titres de cet effort inaugural. Si R. Missing œuvre dans le genre électro, le groupe n'oublie pas cependant ses origines rock incluant dans sa musique de nombreux éléments évoquant pèle-mèle les années 1980 et les mouvements cold et dark wave. Cependant, il n'est nullement question ici d'un quelconque revival. Délaissant le côté clinquant des eighties, R. Missing préfère mettre l'accent sur l'ambiance. Il se dégage ainsi un côté envoutant et hypnotique, magnifiquement incarné par la voix diaphane et sublime de la chanteuse (« Kelly was a Philistine », « Unsummering ») sans oublier de rythmer un peu la chose pour éviter de sombrer dans la léthargie (« Deeper Holes », « Birthright »). Plutôt qu'un hasardeux remake des années 80, le disque évoque plus une version électronique de groupes comme Interpol, Motorama ou Editors (celui du premier album), reprenant à son compte cet aspect cotonneux, minimaliste en quelque sorte, et cette vague glacée de synthés vaporeux. Une formation électro propre à séduire les fans des Cure ou de Joy Division. A découvrir…

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dimanche 7 janvier 2018

County Jels : « Working on the farm »



Sorte de super groupe de l'ombre, les quatre musiciens de County Jels (Eric Sauviat, Sébastien Chouard à la guitare, le bassiste Laurent Cokelaere et Julien Audigier, le batteur) ont tous accompagné quelques stars de la chanson française. Leur groupe, County Jels, est une sorte de retour à la source : le rock n'roll, le blues. Et on se pince pour croire que ce groupe est français, vraiment ? Ce n'est pas très compliqué, avec « Working on the farm », les County Jels ont sortis l'album idéal pour la voiture, enfiler les kilomètres le long d'une highway en ligne droite, traversant un désert poussièreux, bordé par les cactus, sous un soleil de plomb et un ciel céruléen. Chez les County Jels, pas d'effet de manche, ni de virtuosité gratuite. Chaque note jouée a du sens, chaque piste déborde d'un feeling traduisant une compréhension du blues et du rock n'roll au-dessus de la moyenne. Du blues et du rock n'roll car pour nos quatre desperados, l'un ne va pas sans l'autre, le groove de l'un rencontre l'énergie (canalisée et jamais débordante) de l'autre. De l'art d'attaquer les cordes sans trop en faire (« Lucie »). Autant de qualités mises au service d'un répertoire 100 % original, qui, c'est assez rare pour être souligné, n'est pas ridicule en anglais, et produit avec un soin extrême : nos oreilles sont aux anges !

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samedi 6 janvier 2018

Dätcha Mandala : « Rokh »



Tout commence par un break de batterie funky. Le début des années 1970, rêvées, fantasmées, pour horizon, le trio Datcha Mandala, que l'on avait déjà repéré sur nos radars grâce à un excellent EP (sur lequel on a découvert la mélancolique « Misery » que l'on retrouve ici), nous invite à grand bain de musique. Trois composantes sont au menu : des guitares rageuses et saturées (« Anâhata », « Uncommon Travel »), pour autant de démonstrations de virtuosité, des délires psychédéliques en pagaille (« Have you seen the light ? »), et qui prennent tous leurs sens dans des compositions au long cours au-dessus des cinq minutes, et enfin une note de blues nécessaire (l'excellente « Da Blues ») pour le bon goût de la chose. Titre après titre (huit au total), l'album s'impose comme la bonne surprise de la fin 2017. L'influence de Led Zeppelin plâne au-dessus de ce disque, les vocalises du chanteur rivalisent avec celles du Robert Plant du début : qui aurait pû imaginer la France capable de produire un groupe pareil, même à Bordeaux ? Un point d'orgue pour finir, la dantesque « Loot », placée stratégiquement en toute fin de programme, signe des grands disques, douze minutes au compteur (qui dit mieux?) en forme d'ascenseur émotionnel speedé, dont l'auditeur ressort tout chamboulé.


vendredi 5 janvier 2018

The Lords of Altamont : « The Wild Sounds of The Lords of Altamont »



Attention, tous aux abris, The Lords of Altamont sont de retour pour semer la terreur sur vos enceintes ! Dans le fond, rien de plus normal pour un groupe au patronyme aussi sulfureux. Venus de Californie, The Lords of Altamont sont probablement la plus belle chose qui nous soit arrivée en termes de rock n'roll garage. Si l'on considère le rock n'roll comme une pièce de monnaie, alors The Lords of Altamont en sont le côté pile (chant écorché, guitares rageuses) et le côté façe (le groove de l'orgue et de la section rythmique). Le yin et le yang. Ainsi la dynamique qui anime le groupe est délicate et en constant équilibre. Plutôt que de sombrer dans un chaos fracassant de guitares, The Lords of Altamont cherche la musicalité et dégaîne en « Take a walk » et «(ain't) Revolution » autant de modèles de psychédélisme teinté de punk (si, si cela existe). Une fois de plus, ce nouvel effort baigne dans cette ambiance bikers (les guitares rugissent comme les gros cubes) teintée de fétichisme sixties, plus proche de celui des pré-punks de Detroit, que du flower power en dépit de la proximité géographique. Prêts à faire rugir les moteurs ?

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jeudi 4 janvier 2018

Utro : « Third Album »



Pour ceux qui l'ignorent, Utro est le projet parallèle de Motorama, un formidable groupe cold wave. Mêmes influences, mêmes musiciens, une différence de taille cependant, Utro chante exclusivement en russe, la langue natale des musiciens. Loin d'être un détail, l'utilisation du russe change considérablement la donne. Ecouter ce nouvel effort d'Utro, c'est un peu comme tomber dans une faille temporelle ou naviguer dans un entre-deux bizarre enveloppé d'une aura mystérieuse où même si on ne comprend pas le moindre mot, on réussit tout de même à ressentir les émotions véhiculées par cette voix lointaine et blafarde. Musicalement, Utro se place sur un plan parallèle à Motorama, pratiquant avec brio ces ambiances cold wave, très marquées par les années 1980, mais plus expérimentales. La batterie applique un rythme implacable, au point de sonner comme une boîte à rythme, les lignes de basse sont envoûtantes et comme distantes ; on reste scotchés par le son glacial des synthés (que l'on imagine antiques) le tout est à la fois envoûtant, hypnotique quoique ténébreux (la guitare, en revanche, occupe un place réduite). Comme chez Motorama, Utro donne son plein potentiel sur des formats très courts, autour des trois minutes, ce nouvel album, huit titres, est d'une concision bienvenue. Et il n'en faut guère plus pour succomber aux charmes et au mystères de l'Extrême-Orient, comme dans une vieille BD de Corto Maltese.

https://www.facebook.com/ytrorty
http://ytrorty.com/

mercredi 3 janvier 2018

Henri Caraguel : « Back to my best beaches »



Le design minimal et épuré de la pochette pourrait faire penser à l'album « Boys don't cry » de The Cure. Mais, en l'espèce, la comparaison est déplacée au point que ce court EP pourrait s'inscrire comme une œuvre opposée à celle des Anglais. Spécialiste des instruments à cordes, notamment de la lap-steel qui occupe une place prédominente ici, Henri Caraguel met en sons ses souvenirs de bords de mer. Et le résultat est délicieux ! Ces quatre plages (le terme est pour le moins approprié) naviguent entre charme rétro, teinté d'américana, et exotisme acoustique (Hawaï n'est jamais bien loin), rythmé par le roulement délicat des vagues, samplées pour l'occasion. Il se dégage de ces quatre titres une candeur enfantine, une sorte d'innoncence rafraîchissante qui rappelera à chacun ses propres souvenirs de chateaux de sable. En quatre titres et douze minutes chrono, Henri Caraguel nous offre un peu de chaleur à se mettre entre les oreilles et le meilleur des remèdes au froid et à la pluie. A écouter tous les matins avant de prendre le métro ! 

https://henricaraguel.bandcamp.com/
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mardi 2 janvier 2018

Nick Garrie : « The Moon & The Village »



Qui sait si on ne tient pas là une nouvelle belle histoire de résurrection, un conte de fées comme l'industrie musicale sait parfois en écrire (cf. Rodriguez) ? En 1968, Nick Garrie, alors jeune homme, donne quelques concerts sur la Côte d'Azur avant d'être repéré par Lucien Morisse, ancien directeur général d'Europe n°1 et patron du label Disc'AZ, le découvreur de Polnareff, qui lui offre sa chance. Son premier album « The Nightmare of JB Stanislas » sort en 1969, uniquement en France sans rencontrer le moindre succès, et devenir au fil des années une pièce rare recherchée des collectionneurs. S'en suit pour le musicien une vie de roman qui l'aura vu alterner les boulots avant de renouer, de manière assez inattendue, le fil de son histoire sur le vénérable label Tapete (le refuge de Bill Pritchard et de Lloyd Cole entre autres). Dès le premier titre la pureté cristalline de la musique se fait jour. Touché de guitare acoustique délicat, arrangements classieux et soignés (cordes, vents, piano), Nick Garrie s'inscrit dans la tradition du folk britannique avec tantôt un soupçon de mélancolie à la Nick Drake (« Early morning in the garden », « My dear one ») tantôt une point d'excentricité so british (« Bacardi Samuel ») ; autant de qualités bien servies par une qualité d'écriture constante et de haute volée (notons au passage un titre en français : « Ma petite Catherine »). La remarquable concision du disque, 26 minutes donc sans temps morts ni trop plein, renoue avec la durée d'écoute d'un bon vieux vinyle et permet à Garrie de se réinscrire, encore un peu plus, dans le droit fil de L'Histoire. Seule la voix de Nick semble trahir un peu le passage des années, trahissant le subtil détachement du vieux routier à qui on ne la fait plus. Un classique instantané, un album intemporel, qui s'apprécie encore plus sur un support physique.

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lundi 1 janvier 2018

Lhasa : « Live in Reykjavik »



Ce premier janvier marque le huitième anniversaire de la disparition (à l'age de 37 ans) de Lhasa de Sela, chanteuse que l'on redécouvre avec cet enregistrement live à Reykjavik. A l'époque (2009), ce concert devait donner le top départ d'une tournée mondiale dans la foulée de la sortie de son troisième, ultime et éponyme, album. Il n'en sera finalement rien, la tournée sera annulée après l'annonce de sa maladie qui, hélas, s'avérera létale. Pour cette tournée, Lhasa avait assemblée une équipe de quatre musiciens, réduite et soudée : guitare, basse, batterie et harpe. Une orchestration classique et minimaliste dont le grand mérite est de remettre la voix de Lhasa au centre du jeu et de faire ainsi ressortir toute l'émotion de cette dernière. La chanteuse se savait-elle condamnée ? En tout cas, son chant charrie à lui seul une douleur, une émotivité qui ne peut laisser de marbre. Personnage étonnant, nomade, Lhasa était née aux Etats-Unis d'ascendance latino-américaine avant son installation à Montréal. Un parcours de vie digne d'un roman qui lui avait donné l'opportunité de s'exprimer (et de chanter) en trois langues : l'anglais, l'espagnol et le français en incorporant des éléments de ces trois cultures différentes, qu'elle avait su s'approprier, dans sa musique. Ainsi, le jazz, le blues et le folk ne sont jamais bien loin sans que l'on puisse pour autant classer sa musique dans aucune des trois catégories tant son rendu est unique, parsemé d'influences latines. Un melting-pot de musiques parfaitement rendu ici grâce à l'instrumentation intime rendant toute sa place à la note jouée en sourdine dans un émouvant silence. Lhasa aura traversé notre galaxie musicale telle une comète. Seulement trois albums (tous réédité en vinyle et dans un coffret intégral sorti pour les fêtes) excellents de bout en bout sans la moindre faute de goût. Mais si vous ne deviez posséder qu'un seul disque de Lhasa, c'est celui-ci tant il constitue un magnifique hommage dont la pochette est un auto- portrait de la chanteuse. Sublime, cet album vous retournera le cœur.