dimanche 18 février 2018

Ronan K : « From Grey »



Ainsi tout part du gris. Premier album donc pour ce duo Nantais qui se fait fort sur ces neuf titres inauguraux de défendre une vision particulière du folk. Point d'arpèges délicats ou d'envolées aériennes ici (même si "She left you" nous fait un peu mentir) mais au contraire une attaque brute et terre à terre des cordes qui évoque le sud des Etats-Unis (la countrysante « Look at the fireflies ») mais où subsiste parfois un rien, quasi-imperceptible, de culture celte (« The Fall », « 1922 ») et une pointe de noirceur (cf. « Blacksad », « Just say no ») qui colle parfaitement à la voix de gorge du chanteur Ronan. Fortement arrangée (guitares, banjo, harmonica, basse, clavier, un mystérieux banjitar et de la batterie sur quelques titres) la musique de Ronan K distille avec parcimonie un poison vénéneux et tout indiqué pour la période hivernale. Intemporel. 

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dimanche 11 février 2018

'Ndiaz : « Son'Rod »



Le patronyme choisit par le quatuor trahit bien les origines bretonnes du groupe. Mais à l'image des marins bretons quittant le port pour voir le monde, 'Ndiaz fait voyager sa musique autant qu'il renouvelle les musiques celtiques banissant l'influence folk de l'équation : pas le moindre instrument à cordes ici. Mais au contraire une musique, l'album est instrumental, qui se balade sous l'influence conjuguée du jazz et de ce que l'on nomme (à tort) la world music. Turquie, Brésil, Roumanie, Inde autant de pays où renbondit la musique de 'Ndiaz et que l'on perçoit dans les notes subtilement distillées par les percussions, cuivres et accordéon. Le tout mélangé avec cette saveur unique de l'ambiance celte qui respire la mer, le vent et le grand large. Un album virtuose en forme de voyage immobile. A écouter en relisant Corto Maltese. 

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Black Cat Crossin' : « Too many things to light »



Blues rock ou rock blues ? La question n'a pas fini de nous tarauder l'esprit à l'écoute du premier album de ce groupe venu d'Alsace. Car, il s'agit ici de distinguer le fond et la forme. D'emblée le disque présente tous les artefacts classiques du garage-rock, avec tout ce que cela suppose de guitares sauvages, saturées et de chant écorché. Mais ce feu intérieur qui le consomme, le quintet le met au service d'un répertoire trahissant une compréhension du gospel (cf. « Rockafeller Shake », « The Sun », « Mercy ») et un feeling blues, au-dessus de la moyenne et, en l'espèce bien servi, par le dialogue entre la guitare et le clavier, piano (« May 1968 ») ou orgue pour un surplus de groove dévastateur (« Paper mache boy », "Jump for joy"). Les textes, qui sont comme autant de chroniques sombres de l'âme humaine, participent pleinement à l'ambiance du disque comme le lien manquant entre Tom Waits et Bror Gunnar Jansson. A noter enfin pour finir une jolie chanson acoustique, « Nothing grows », ajoutant une couleur supplémentaire, entre folk et country, à ce très bel album en forme d'excellente surprise. 

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samedi 10 février 2018

Sunflowers : « Castle Spell »



Venu du Portugal, le duo Sunflowers frappe fort avec ce deuxième album. Un deuxième effort intrinsèqment psychédélique. C'est à dire dingue, halluciné, dément, chaotique. Faire un disque « comme à l'époque » de la fin des années 1960 (l'âge d'or du psychédélisme) serait trop facile et la démarche trop étroite pour deux cerveaux aussi créatifs que dérangés que ceux des Sunflowers. Le duo part d'une base très simple, des riffs de guitare puissants qui scotchent littéralement le cerveau (l'ouverture démentielle de « The Siren », « Monomania ») rappelant vaguement la surf music. C'est ensuite que la chose dérape hors des sentiers battus, quand tout un tas de bruitages bizarres, comme issus d'une bonne vieille série B d'horreur, viennent s'agglutiner ; une créativité débridée l'oeuvre de deux têtes malades. La musique pourrait en ressortir polluée, elle est au contraire magnifiée. Car le groupe n'a pas son pareil pour composer des petits classiques en puissance où se mêlent, dans un chaos savamment organisé, pop, punk, rock garage, surf music et peut-être même un soupçon de blues, mettant ensuite sa créativité au service de titres solidement écrits. C'est sur le temps long, vers les sept minutes, que la fonctionne à plein régime, un élan nécessaire que le groupe exploite à plein avant de partir en vrille. Et d'emporter l'auditeur dans sa folle cavalcade. 

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jeudi 8 février 2018

Ignatus [e.pok], le Café de la danse, 06/02/2018.


La soirée commence avec le chanteur/pianiste Jérôme, « Ignatus », qui se félicite de la météo hivernale et de la neige, tombée en abondance, recréant le paysage du « Détroit de Béring », la grande réussite de ce nouveau projet. A mi-chemin de l'avant-garde électro et de la chanson pop en français (le piano, la guitare) [e.pok] (re)définit un univers singulier et bien à lui. Le lieu, intime, est particulièrement bien choisi pour ce concert, le grand mur de pierres blanches dans le fond de la scène offrant le cadre idéal pour les projections spectaculaires qui sont parties prenantes de la création. L'auditeur est ainsi projeté dans l'univers du groupe, tour à tour tendre (« Lire le matin »), (sur)réaliste (« Florida », « Un travail ») et pourtant retranscrit de manière fantasmée. Ignatus et ses haïkus hilarants (« J'ai frôlé la vie dans un accident de routine ») ainsi que la maîtrise des musiciens apportent un contrepoint humain aux projections hi-tech qui auraient pû faire basculer l'ensemble dans une sorte de froideur, à l'instar de la musique balance parfaite entre électricité et électronique. La guitare illustre bien le propos tantôt classiquement rock et tantôt totalement expérimentale. L'équilibre entre deux opposés, la balance fragile, est décidément la grande affaire d'Ignatus et de son nouveau groupe [e.pok]. 

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lundi 5 février 2018

Deva Mahal + Automatic City + The Goon Mat & Lord Benardo, Les Nuits de l'Alligator, La Maroquinerie, 30 janvier 2018.


Parce qu'il a fait le coeur de sa programmation des idiomes qui nous sont chers (le blues, la soul, la country, le rock garage et psyché), nous chérissons particulièrement le festival des Nuits de l'Alligator et on ne compte plus les bons moments passés dans le sous-sol de la Maroquinerie et ses piliers de briques rouges derrière la scène…

Cette année encore, le festival nous a dégotté une bonne surprise avec le duo belge The Goon Mat & Lord Benardo. Contrairement à d'autres duos fameux point de formule guitare/batterie ici mais une sorte de one man band (guitare et batterie) augmenté d'un harmonica. Le duo s'est fait une spécialité du blues cradingue, très rock n'roll dans un esprit pas si éloigné des productions du label Fat Possum (RL Burnside, T-Model Ford etc.) Ici la guitare et l'harmonica rivalisent de distorsion, l'écrin idéal pour la « grosse » voix de gorge du chanteur. Particulièrement dévastateur en live…

Le deuxième album d'Automatic City avait été un coup de coeur sur cette page l'été dernier. Et la performance du soir ne fait que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Automatic City fonctionne sur une dualité. D'un côté nous avons une guitare, saturée, sauvage, un aspect sale contrebalancé par la contrebasse instrument classieux par excellence. On avoue un énorme coup de coeur pour les élégantes percussions afro-cubaines qui propulsent le groupe dans une autre dimension entre world et vintage. Et quel groove irrésistible ! Le répertoire du groupe fait la part belle au blues bien sûr mais sans négliger ce petit piment rock n'roll et une pointe d'expérimentation (machines discrètes, theremin) qui fait tout le sel de la chose. Magnifique concert, magnifique album, magnifique formation !

On termine enfin avec la chanteuse Deva Mahal, particulièrement impressionnante vocalement parlant, son timbre de gorge respire le vécu, qui nous offre un exercice soul de haute volée, vintage certes, mais sans pour autant négliger l'apport du hip-hop, perceptible dans le rythme de la batterie. On regrette toutefois une dérive disco sur un titre, un petit pas de travers, bien mince en regard de la qualité de l'ensemble. Une belle découverte.

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dimanche 4 février 2018

Delgrès + Patrick Ruffino, Festival au fil des voix, l'Alhambra, 29 janvier 2018.


Par sa capacité à tisser des ponts entre les cultures tout en privilégiant des formes musicales qui nous sont chères (soul, blues, jazz), le festival Au Fil Des Voix s'est imposé comme un des rendez-vous incontournables de l'année. Preuve nous en est donné cette année encore avec ce magnifique plateau, intelligemment programmé, réunissant Delgrès et Patrick Ruffino. 

Le trio Delgrès, quelle magnifique découverte ! Mené par Pascal Danaë, Delgrès (nommé en hommage au colonel Louis du même nom) joue un blues chanté en créole sur un groove dévastateur rappelant celui de la Nouvelle-Orléans, savoureux programme en perspective ! La formation est à la fois classique (guitare, batterie) et originale puisque la basse est remplacée par un soubassophone (un énorme tuba) ; instrument faisant le lien avec les fanfares et autres second-line de la cité du croissant. La guitare, slidée le plus souvent, se fait joueuse virant du côté saturé du rock n'roll (un titre est décalqué sur « Whole lotta love » de Led Zeppelin). Mais le groupe est aussi très à l'aise dans un registre plus émotionnel, intime et jazzy lorsque le bugle remplace le tuba. Prenant, dansant mais aussi profond, si on ne comprend pas forcément les paroles, on saisit très bien en revanche les émotions, Delgrès nous a littéralement séduits, vivement l'album ! 

Direction l'Afrique pour la suite en compagnie du bassiste Patrick Ruffino. Excellent instumentiste (basse et contrebasse), chanteur au grain de voix chaud et charmant, Patrick Ruffino fait voyager sa musique, mélangeant sa culture africaine au sons occidentaux, blues, funk ou rock, sous l'égide des années 70, influence parfaitement intégrée et transfigurée. Là encore une très belle découverte faisant le grand écart entre morceaux dansants, dévastateurs et chansons plus intimes.

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jeudi 1 février 2018

Miraculous Mule + Hoboken Division + Escobar, La Boule Noire, 26 janvier 2018.


Un mois et demi s'est écoulé depuis notre dernier concert en décembre 2017, il était plus que temps de mettre fin à ce sevrage typique des débuts d'année.

Escobar sera donc le premier groupe vu sur scène en 2018 par votre serviteur. Et quel groupe ! Si l'on a pris l'habitude ces dernières années des duos guitare/batterie pratiquant une sorte de garage/blues hérité des défunts White Stripes, Escobar reprend la formule à son compte pour un rendu plus proche du punk et du grunge. Le batteur s'échauffe tranquillement (enfin façon de parler) en faisant le tour de son kit tout en frappant ses cymbales alors que le guitariste fait monter la pression tout en larsen. Il faudra au groupe un ou deux titres pour se chauffer avant de lâcher les watts pour de bon. Et c'est parti ! La dynamique entre les deux musiciens est impressionnante. Se cherchant constamment du regard, un air de défi dans les yeux, les deux musiciens se chauffent mutuellement jusqu'à atteindre des sommets ravageurs d'intensité. La pression rock à son maximum, on en ressort lessivés !

Place ensuite à Hoboken Division, groupe que l'on suit longtemps sur cette page mais que l'on découvre en live pour la première fois ce soir. Devenu un trio depuis l'adjonction d'un batteur, Hoboken Division est totalement transfiguré par cet ajout. La dynamique est totalement différente et la batterie live insuffle une nouvelle énergie à ces compositions certes très rock mais avec un feeling blues au-dessus de la moyenne. L'électricité est plus filtrée que chez Escobar, Mathieu et son toucher de guitare délicat (au doigts et sans médiator) distillant une sorte d'agressivité feutrée, l'énergie rock est ainsi totalement canalisée, ce qui n'empêche nullement nos musiciens de sortir de scène totalement en nage. Un petit mot pour finir sur la chanteuse, également excellente bassiste, qui sert à merveille les chansons de son joli timbre.

Vint ensuite les Anglais de Miraculous Mule, qui derrière des atours vintages, et une incroyable collection de guitares demi-caisse, distille un blues dans une réinterprétation des plus modernes où la guitare se mêle aux boucles pour créer un tout hypnotique et assez psychédélique dans l'esprit, bien soutenu par une basse ravageuse. On pense à Little Barrie en plus aventureux. Belle trouvaille que ce groupe !